Groupe:

Leprous

Date:

08 Novembre 2017

Interviewer:

Deicide5000

Interview Baard Kolstad (face à face)

Je suis un peu en retard à cause d’une circulation pénible sur Bordeaux et la pluie qui a aggravé le trafic. J’arrive au Rocher de Palmer deux, trois minutes après l’heure convenue pour constater avec joie que l’interview qui me précède a pris du retard… sauvé ! Je suis rejoint quelques minutes plus tard par Jay, la tour manager. Elle est plutôt cool (d’autres se la pètent) et d’entrée, alors que nous nous dirigeons en backstage, elle me dit “you’re getting bored” dans un anglais qui révèle qu’elle n’est pas anglophone première langue. Je lui demande du tac au tac “et pourquoi je vais m’ennuyer ?”. Elle comprend et s’en amuse (pas prise de tête). “No, you’re getting Baard, the drummer”. Ok, voilà qui me semble plus facile à comprendre. Je réalise plus tard en échangeant avec lui que son nom se prononce bien “bored” dans sa langue mais son placement dans une phrase en anglais se montre piégeux… On s’installe en délogeant les membres d’Alithia enfouis dans de gros canapés. Après l’interview, Baard aura la gentillesse d’adresser un message vidéo en dédicace à mon épouse, prévue sur cette date, mais qui a chopé une grosse bronchite. Cool guy!

Bonjour Baard, je représente le magazine Aux Portes du Metal, (il essaye de prononcer le nom en français), nous sommes un webzine français spécialisé dans la musique metal, de Rainbow en passant par Black Sabbath jusqu’à Cannibal Corpse et bien au-delà. Il faut que je t’avoue que je vous adore, en fait je vous ai découverts en première partie de Devin Townsend Project. C’est votre chanson « The Price » qui m’a fait aimer votre style.

Merci, ça fait plaisir à entendre. En fait « The Price » est la première chanson à laquelle j’ai contribué.

Et si tu commençais par nous présenter ton groupe, pour ceux qui ne vous connaissent pas encore ?

Je m’appelle Baard Kolstad. Je fais partie du groupe Leprous, créé en 2001. Je n’étais pas là à la création du groupe, Einar Solberg et Tor Oddmund Suhrke l’ont lancé. Le groupe a débuté sous le nom de Leprous parce qu’ils ont trouvé ce nom cool et effrayant à la fois. Musicalement parlant, ce n’était pas encore au niveau et cela leur a pris des années pour obtenir un bon son. Leur véritable premier album a été produit en 2009. Le groupe a commencé à s’investir sérieusement et à vouloir se faire un nom en 2007-2008. Je les ai rejoints en 2013. Nous avions tous en commun le désir de faire une musique pleine d’émotions et créer une ambiance, qui expriment vraiment quelque chose, que tu puisses ressentir en l’écoutant. C’est ce qui compte pour nous.

On remarque beaucoup de groove avec des arrangements très techniques et complexes. Cela prend un peu de temps à l’écoute pour s’apercevoir de la véritable complexité du jeu musical.

C’est vrai nous avons des musiciens très techniques dans le groupe. Nous ne cherchons pas à faire quelque chose de très technique mais parfois nous trouvons un riff alambiqué qui est parfait pour exprimer une humeur alors on le garde, peu importe s’il est difficile à jouer.

Je t’ai vu dans plusieurs vidéos et je me demandais si tu avais contribué à d’autres projets musicaux avant de rejoindre Leprous ?

Je suis également connu en tant que « ce batteur qui joue dans la rue ». J’ai une vidéo postée sur Youtube et c’est en France que j’ai obtenu le plus de vues. J’ai aussi remporté un championnat de batterie électronique en 2012. J’ai aussi travaillé pour Borknagar, un groupe de prog norvégien, et pour Gold Seed.

Borknagar ? Le groupe dans lequel joue ICS Vortex, l’ancien bassiste chanteur de Dimmu Borgir ?

Oui, c'est Vortex qui m’a découvert ; j’ai commencé à jouer avec lui, pas avec ce groupe, juste avec lui.

Ok donc maintenant tu joues avec Leprous, et votre line-up est stable ?

J’ai rejoint le groupe en 2013, le bassiste en 2015 et l’autre guitariste est arrivé fin 2016. Oui, je suis nouveau dans le groupe mais comme tu peux le voir d’autres membres sont arrivés après moi. On apprécie de jouer ensemble et cela marche plutôt bien.

Etes-vous tous norvégiens ?

Oui on est tous norvégiens et sur cette tournée le violoncelliste est canadien.

Il joue à la fin du morceau Mirage ou Malina ?

Sur Malina, pas sur Mirage et il joue sur Coma, Bonneville, Stuck, Leashes et From The Flames.

Vous allez la jouer ce soir, Leashes ? C’est une de mes préférées.

Oui mais garde-le pour toi, c’est une surprise car on ne la joue pas souvent.

C’est un véritable challenge pour le public de ne pas chanter sur les « ho ho ho » avec Einar.

Oui, c’est vrai.

Peux-tu nous en dire plus sur Leprous et sur tes influences musicales ?

On vient tous d’horizons musicaux différents. A la base, Leprous était inspiré par des groupes comme Opeth et Tool mais à présent nous avons d’autres influences moins metal comme Radiohead et Massive Attack. On aime beaucoup Gojira et on pense qu’ils font partie de ces groupes de metal peu nombreux qui ont adopté la bonne attitude comme Meshuggah ou Behemoth. En tant que batteur, mes influences viennent de Mike Portnoy, Nicko McBrain d’Iron Maiden puis j’ai évolué vers Gavin Harrison et dernièrement vers des batteurs de gospel comme Terry Bozzio, je pense aussi à Morten Hagren, un Suédois, et Anderson Paak.

Qu’est-ce qui t’a amené personnellement à la musique ?

Tout a commencé pour moi quand j’avais neuf ans. J’étais tellement fasciné par la batterie que j’ai ensuite voulu en jouer. C’est mon père qui m’a fait découvrir ZZ Top, Dire Straits, Pink Floyd et, mec, cette intro à la batterie sur Money For Nothing… ça me faisait rêver ! Et puis j’ai découvert AC/DC et j’ai trouvé que c’était super cool comme musique même si je ne me suis jamais vraiment mis à ce style-là. Iron Maiden et Metallica, là j’étais accro ! Et ensuite ç'a été Dream Theater. Mais par-dessus tout, à l’école de musique, j’étais fasciné par la batterie en tant qu’instrument.

Alors Malina c’est votre cinquième album ? Tu peux nous en dire plus sur l’origine du titre ?

Oui, c’est notre cinquième album studio. Le truc marrant, c’est qu’aujourd’hui un fan nous a apporté des framboises. Parce que “malina” veut dire framboise en langue Slave, bien entendu. Einar, le chanteur, était parti en Géorgie pour aller voir son frère et il a vu une très vieille dame, il y a beaucoup de gens très pauvres en Géorgie, et donc cette vielle dame vendait des framboises. Elle semblait perdue et n’arrêtait pas de crier "Malina, Malina !" et cette scène a fait forte impression sur Einar. Et puis on a trouvé ce nom plutôt pas mal (il baille).

Savez-vous comment le public a accueilli vos nouvelles chansons ?

Oui, l’album semble très populaire. Une chanson comme From The Flames marche à tous les coups en live. A mon avis, le refrain est très réussi. La première fois qu’on a joué quelque chose de cet album était cet été à Barcelone. From the Flames était sans doute possible le point culminant du concert. Puis à Moscou, on a joué d’autres chansons, c’était le premier concert de la tournée (il re-baille). Bien sûr c’est rafraichissant pour nous de jouer des nouveaux morceaux car on a énooooormément joué les chansons de The Congregation et Coal.

As-tu remarqué, à part celle-là, s’il y a une autre chanson qui fonctionne bien en concert ?

Oui, toujours Bonneville et Stuck. J’adore aussi Coma mais c’est dur de s’en sortir en concert. Weight Of Disaster marche bien aussi.

Allez-vous jouer Mirage ? J’adore quand ça se termine en battle basse/batterie ! Ca sonne super groovy !

Oui, on va la jouer et tu vas t’éclater ce soir !

Ces chansons sont très complexes, arrivez-vous à écrire pendant la tournée ?

Non. J’y ai pensé mais c’est tellement prenant, le rythme d’une tournée, il y a tellement de choses à organiser, il faut aussi se préparer pour le show suivant et surtout se reposer. Certains groupes arrivent à composer en tournée, pas nous.

Peux-tu nous parler de ta routine d’échauffement avant d’entrer en scène ?

En fait, je n’ai pas de routine d’échauffement si ce n’est de me chauffer et délier les mains pour être prêt à jouer. En début de tournée, j’avais besoin de jouer avec un métronome pour bien me caler, mais à présent pour Bonneville et Stuck, j’ai le tempo en tête.

Aucun échauffement particulier pour les pieds ?

Non aucun, mais je devrais probablement en faire un. Sur Rewind, j’ai parfois du mal… mais les premières chansons me servent d’échauffement. Je joue de la batterie tous les jours et je donne quelques cours pendant la tournée et ça m’entretient. Je n’ai pas fait de pub sur le fait que je donnais des cours, j’ai juste posté l'annonce sur mon wall.

Tu es pote avec Vortex, vous êtes Norvégiens et metalleux, vous auriez pû finir par brûler des églises…

Ihsahn est aussi un de mes amis proches. Vortex venait à la maison, à des soirées, avec les gros cheveux longs, pour boire et faire la fête. Ihsahn est le beau frère d’Einar et un ami musicien de longue date. On connaît aussi Gaal de Gorgoroth.

Qu’avez-vous de prévu après cette grosse tournée en tête d’affiche ?

Nous sommes en tournée jusqu’à fin novembre puis on repartira en tournée en janvier. On va en Australie ! On aura très prochainement d’autres infos sur les prochaines tournées.

As-tu remarqué que la promo de votre groupe était difficile à faire ? Vous avez un style qui peut être parfois extrême et à d’autres moments très doux et reposant.

Oui, c’est vrai cela peut sembler barbant pour certains, surtout s’ils ont besoin d’un refrain. Quand nous avons ce type de passage ambiant dans nos chansons, cela peut sembler ennuyeux pour la plupart des gens. Mais la musique metal n’est pas faite pour la plupart des gens. Je pense que la musique de Leprous pourra plaire à un plus large public que celle de beaucoup d’autres groupes norvégiens de black metal. Comme tu le dis, certains passages peuvent ennuyer, être hors de portée pour les gens normaux. Mais nous ne voulons pas faire de musique commerciale pour attirer le plus grand nombre.

Baard, que voudrais-tu ajouter pour finir ?

Leprous est super reconnaissant envers tous nos fans français. Sur les trente-trois shows prévus dans cette tournée, sept auront lieu en France. Le public est super et on adore venir jouer en France. On a joué à guichet fermé à Paris. Super public à Nantes hier soir aussi. Leprous est un groupe qui veut grandir.