Groupe:

anasazi

Date:

01 Novembre 2018

Interviewer:

Didier et Christelle

Interview Mathieu Madani

Bonjour Mathieu, merci de nous accorder cette interview pour le webzine auxportesdumetal.com. Peux-tu nous présenter le groupe anasazi ?

Bonjour Didier, merci pour ton intérêt pour anasazi, nous apprécions. :) J'écris anasazi en minuscules volontairement car je voulais faire une différence entre les groupes que j'adore et le nôtre. Par respect et humilité. anasazi est né de ma rencontre avec Frédéric Thévenet (guitare) pour composer deux morceaux en vue de son anniversaire (ses quarante ans). Une sorte de défi qui a vite pris une tournure plus sérieuse avec la sortie de notre premier EP trois mois plus tard, (un morceau de trente-cinq minutes) en mai 2004. Devant les réactions positives autour de cet EP, j'ai pris les choses en main pour en faire un vrai groupe avec l'arrivée de Christophe à la basse en 2005. Frédéric a quitté le groupe car très pris par son travail et anasazi a tracé sa route avec des musiciens qui sont venus compléter la formation. Le projet studio s'est transformé en projet live depuis 2012. Aujourd'hui et ce depuis octobre 2015, anasazi est composé de Christophe Blanc-Tailleur à la basse, Bruno Saget à la guitare lead, Anthony Barruel à la batterie et moi-même à la guitare et au chant.

Comme tu es le compositeur, mais aussi le chanteur et un des guitaristes, doit-on considérer anasazi comme le projet de Mathieu Madani ou bien un groupe à proprement parler ?

C'est un vrai groupe avec un leader à la barre. Je suis le principal compositeur mais il y a aussi des idées de Christophe que j'ai développées pour en faire des morceaux ou des parties de morceaux dans les albums précédents. Pour ce nouvel album, nous avons beaucoup jammé et, par exemple, "miles away" est un arpège de Bruno que nous avons développé avec un pont et un refrain à moi pour revenir sur un solo de son arpège détourné. Si une idée est bonne et que j'entends quelque chose à développer dessus, je l'amène dans l'univers anasazi dont je suis le gardien des clés en quelque sorte. Je gère la partie artistique et tous les arrangements et Christophe mixe le tout patiemment quand, au final, il voit arriver cinquante à soixante pistes à mixer par morceaux.

Quelle est ta formation musicale ? Depuis quand jouez-vous de la musique et dans un groupe ?

Personne dans le groupe n'a de formation musicale, nous sommes autodidactes et parfois nous avons pris des cours (dans notre tendre jeunesse) pour développer l'harmonie et un peu de technique. La technique n'est qu'un médium qui doit servir la composition. Ce qui compte, c'est la musique dans son ensemble et pas l'individualité/égo de tel ou tel musicien. Pour mon cas précis, j'ai pris six mois de cours de guitare vers vingt ans et le reste s'est fait naturellement. Je ne suis pas un excellent guitariste mais je sais emmener un projet/chanson/album du début jusqu'à la fin. Sur l'album, j'enregistre toutes les guitares (électriques et acoustiques) et Bruno tous les solos, même si je m'en garde un ou deux quand même. Il n'y a pas d'égo de guitariste. S'il fait des meilleurs solos que moi, je ne vois pas pourquoi je le ferais. J'ai une vision globale du concept de chacun de nos disques et j'accompagne chaque musicien du groupe vers cet objectif/fantasme final qui devient chaque morceau de l'album.

Te considères-tu comme un chanteur qui joue de la guitare ou un guitariste qui chante ?

A la base, je suis chanteur. En tout cas, j'ai commencé comme chanteur dans mon premier groupe en 1992, à quinze ans ; puis en 1994, mon père m'a offert une guitare acoustique et je me souviens que la première chose que j'ai faite quand j'ai eu cette guitare, c'est de composer un morceau. Je ne savais pas faire d'accord mais j'ai tout de suite eu ce besoin de m'exprimer et d'écrire ce que j'entendais dans ma tête. C'est cliché mais c'est vrai ;-) Et d'ailleurs, l'arpège du second titre de l'album "the principles of [hate]", "crossroads", en est tiré. Donc, je dirais que je suis un guitariste qui chante, mais qui, s'il avait eu le choix, serait batteur ahahaha :-)

Vous êtes considérés comme un groupe de rock progressif, quelles sont vos principales influences ?

Les principales influences du groupe (du moins les communes au trois quarts d'anasazi) sont Dream Theater, Porcupine Tree (et les projets de Steven Wilson), Tool, Pantera. Je suis un grand fan de musique, j'ai plus de deux mille cinq cents CD et mille vinyles chez moi. J'écoute de la musique jour et nuit. Hormis les quatre groupes précités, j'adore les Beatles, le prog 70's, Frank Zappa, Miles Davis, John Coltrane et le Jazz 60's et 70's, Megadeth, Toto, Anthrax, Guns N' Roses, Pink Floyd, Goldman, U2, Iron Maiden, Metallica, Anthrax, Marillion, Slayer, The Who, Led Zeppelin, Deep Purple, Spock's Beard, Bon Jovi, Karnivool, Protest The Hero, etc... (Je m'arrête là je pourrai faire cent pages juste avec les groupes que j'adore et cent pages de plus avec ceux que j'aime :-) Donc tous ces groupes ou artistes ont une influence indirecte sur moi. Depuis deux mois, je commence à me mettre au Death Metal, un style que j'avais du mal à écouter en raison du chant. J'aime quand il est mélodique et j'ai enfin passé le cap de la voix et du growl... Même si on n'entend pas d'élément Jazz dans anasazi, c'est le style musical que j'écoute le plus en semaine (je suis disquaire). Christophe adore Rammstein, A Perfect Circle, Gojira, en général des groupes qui ont des super productions. Ça tombe bien car c'est lui qui mixe nos albums. Bruno est fan de groupe comme Deftones, Tesseract, Periphery, Between The Buried And Me. Et Anthony, lui, vient plus du rock et de la pop, c'est un grand fan de Nirvana, des Smashing Pumpkins, Mogwai... Bref, on a le cul entre plein de chaises (rires) !

Penses-tu que le genre se renouvelle encore aujourd’hui ? As-tu aimé une sortie en particulier ?

La musique est en constante évolution et si on prend un peu de hauteur, ce sont juste des cycles qui évoluent à chaque fois ; mais je pense que tout a été inventé entre la moitié des années 50 et la fin des années 70 avec l'arrivée du punk qui met fin à cette période riche en productions mythiques. Puis, ça a recommencé en prenant et en faisant évoluer ces styles. Pour en revenir au Progressif, des groupes, en ajoutant des éléments Metal par exemple, ont permis au Rock Progressif de passer à un nouveau stade dans les années 90 (par exemple Dream Theater, Queensrÿche, Fates Warning ou Crimson Glory) et c'est le moment où j'ai pris le train en marche : j'avais quinze ans et "Images And Words" de Dream Theater venait de sortir, je découvrais aussi Marillion et le prog 70's. Bref, les plus beaux moments de mon voyage musical quand tu commences à remplir ton vase de connaissances. Sachant qu'à l'époque Internet n'existait pas et que quand tu achetais un CD, tu l'écoutais en long en large et en travers. Tu tombais amoureux d'un disque. Il devenait cultissime. Parmi les dernières sorties de 2018, je dirais que les nouveaux Haken "Vector" et Riverside "Wasteland" sont super. L'album perdu de John Coltrane "Both Directions At Once: The Lost Album" est sublime. Le nouvel album de Jon Hassell, "Listening To Pictures", dans un style Jazz ambiant expérimental. Le nouveau A Perfect Circle "Eat An Elephant" commence vraiment à me plaire alors que j'avais été déçu lors des premières écoutes. Pour le coup, mes trois comparses du groupe l'ont adoré de suite. Les nouveaux albums live de Opeth et Steven Wilson sont super...Bref tu vois, 'faut pas me lancer en musique je pourrai faire trius pages (rires).

Il me semble que le nom anasazi a un rapport avec les indiens d’Amérique, tu pourrais nous expliquer l’origine du nom et pourquoi ce choix ?

Le nom vient du dernier épisode de la saison 2 de The X-Files "anasazi". Dans la série, cela veut dire "Ceux d'outre-tombe", entre la vie et la mort. L'agent Mulder venait de se prendre une grenade dans la gueule, caché sous des hybrides extra-terrestres, il s'en sortait de justesse et était soigné par des indiens Navajo. Il était mal en point, entre la vie et la mort. J'ai eu comme projet d'appeler un jour mon futur groupe anasazi en 1996 lorsque je faisais mon service militaire :-)

Vous êtes originaires de Grenoble, c’est une terre de rock en France ? Pourrais-tu nous citer d’autres groupes grenoblois peut-être encore pas reconnus et qui devraient l’être ?

Je suis très fan d'un groupe de Post-rock instrumental qui s'appelle Collapse, dont Anthony est le batteur. Je pense qu'il devrait être plus reconnu car leur musique véhicule un tas d'émotions et j'aime l'univers qu'il dégage. J'adore le Post-rock et je suis très curieux de ce style de musique. J'ai l'habitude d'écrire des morceaux avec du chant et je raconte une histoire avec des paroles sur une musique au service de l'émotion, et le Post-rock véhicule cette émotion sans parole, cela me fascine et m'intrigue...

Vous avez sorti quatre albums et deux EP, toujours en auto-production, c’est par choix ou par dépit ?

C'est clairement un choix. A un moment, on a été contacté par un label suisse mais on a refusé d'y aller car cela était plus contraignant pour nous et pas si avantageux au final. C'était en 2007/2008. Depuis, je dois reconnaître qu'on n'y a pas pensé. Peut-être que nous devrions démarcher des labels pour voir si on peut profiter de leurs réseaux après avoir fini cette interview (rires). Plus sérieusement, nous produisons nos albums avec nos fans qui nous soutiennent via des plateformes de crowdfunding et on est assez fier de pouvoir réunir suffisamment d'argent pour sortir des albums en CD, format auquel je suis très attaché, même si j'adorerais sorti aussi nos disques en vinyle ; mais il faudrait qu'on réduise le nombre de morceaux pour ne pas avoir à financer un double vinyle.

Du coup, vous ne vivez pas de votre musique, vous faites quoi dans la vie ?

Je suis disquaire, et le reste du groupe travail dans le tertiaire à différents niveaux de responsabilités. Travailler dans un magasin de disque, ça ouvre exponentiellement le champs des possibilités pour découvrir de la musique en permanence.

N’est-ce pas trop difficile à gérer, surtout pour les concerts ?

C'est une question d'organisation. Quand on aime on ne compte pas :-) On prévoit à l'avance.

Vous sortez "ask the dust", votre quatrième album, peux-tu nous parler du processus de création de cet album ?

Il a été composé entre octobre 2015, lorsque qu'Anthony a rejoint le groupe, et septembre 2016. Ensuite, nous l'avons enregistré jusqu'en mai et Christophe l'a mixé entre juin 2017 et février 2018. Il est sorti en avril 2018. On a clairement pris le temps car on voulait proposer un joli disque à notre public. C'est la première fois pour la composition que nous jammons autant. En gros, le dimanche pendant deux heures, on se retrouvait et à l'issue de la répèt' j'avais quelques riffs, idées ou bouts de morceaux à développer dans mon coin. Ensuite, je m'occupais d'arranger cela en un morceau et ainsi de suite chaque semaine. On s'est tellement bien amusé qu'on a écrit deux morceaux de plus pour ce disque qui seront offerts à ceux qui ont acheté l'album en CD pour Noël et on a composé en plus l'équivalent d'un double album, un concept album dans la tradition Metal Progressif de nos débuts qui s'appellera "the untold story of Lily and X". Les gars me font confiance car ils savent que je m'investis beaucoup pour anasazi en termes de temps.

Qui s’occupe des paroles et quels sont les sujets qui inspirent vos chansons ?

Pour cet album, j'ai écrit toutes les paroles qui traitent de sujets sombres, comme la religion et son aveuglement sur "staring at the sun", de la mort de mon père avec qui j'étais fâché depuis douze ans sur "miles away", de la dépression vue à travers un miroir qui a capturé le reflet et l'âme du personnage sur "feeling nothing", de la prostitution infantile dans les pays pauvres sur "falling", de la rancoeur sur "and the grudge (still here)", de la maladie d'Alzheimer sur "into the flood", du suicide sur "once dead", de l'écologie et du monde que nous allons léguer à nos enfants sur "ask the dust" etc... C'est pas très gai, je te l'accorde, mais ce sont les mots/maux qui hantent nos paroles. Christophe avait écrit les paroles d'un titre sur l'album précédent. Je me sentais de gérer celui-ci.

Je trouve qu’il y a de gros contrastes entre certains morceaux vraiment très calmes et minimalistes et d’autres beaucoup plus pêchus, comment avez-vous choisi ces morceaux ?

Il n'y a pas vraiment de choix ; nous avons composé treize morceaux et on voulait un album de moins de soixante minutes. Au final, il fait soixante -inq min car "ask the dust" est un morceau caché à la fin de l'album. Je voulais donner le nom de l'album au "ghost track" car je pense que cela n'avait pas encore été fait, à ma connaissance. A la fin de "once dead", il y a un blanc et ensuite un instru inquiétant orchestral et le morceau caché. Quand on compose les morceaux, le tracklisting se dessine très vite afin d'établir le concept. Nous aimons avoir différents ascenseurs émotionnels dans chacun de nos albums, d'où les contrastes entre des morceaux pêchus et calmes.

Il y a aussi un instrumental sur cet album, "once dead". Pourquoi ce choix ? Aviez-vous déjà proposé un morceau instrumental auparavant ? Est-ce que vous pourriez composer dans un registre plus post-rock ?

Oui, par le passé nous avons fait quelques morceaux instrumentaux un peu techniques façon Metal Prog, mais c'est la première fois que l'on met en avant notre côté post-rock. C'est un morceau que j'ai fait dans mon coin, je l'ai proposé et les trois ont aimé. Ensuite, j'ai composé avec Anthony un album prêt à être enregistré de sept, huit morceaux uniquement instrumentaux dans la veine de Russian Circles, Mogwai, God Is An Astronaut, et qui finiront peut-être sur des albums d'anasazi... c'est en tout cas le projet dans un coin de ma tête... voire même de faire une face normale de morceaux d'anasazi avec du chant et une face uniquement composée d'instru post rock...

Est-ce que vous allez pouvoir tourner pour promouvoir cet album ? En France ? A l’étranger ?

Nous avons déjà fait quatre beaux concerts depuis avril. Avec The Watch et Franck Carducci, puis avec Anima Mundi. Nous cherchons nos dates pour 2019. Ce n'est pas si facile de tourner aujourd'hui. Il faut souvent faire partie de structures qui te permettent d'accéder à certaines salles et avoir le bon réseau. L'idée est de privilégier la qualité à la quantité.

Vous avez l’air plus intéressés par la conception des albums plutôt que par leur aspect commercial. Est-ce que ça ne met pas en péril le côté live du groupe ?

Personnellement, j'adore composer et produire de la musique. Je fais cela dès que je rentre du boulot et ce sept jours sur sept dans mon home studio. Les autres membres du groupe adorent faire des concerts. Aujourd'hui, tourner dans de bonnes conditions est assez difficile. Dans la région, il n'y a pas beaucoup d'endroits où l'on peut jouer de la musique en compo. Heureusement, il en reste quelques-uns (notament le Brin de Zinc à Barberaz, qui accueille quand même pas loin de quatre groupes par semaine). Nous sommes labellisés "Rock Progressif", mais quand on joue avec des groupes de "Rock Progressif", on est Metal et quand on joue avec des groupes de Metal, on est "Progressif" ; on a vraiment le cul entre deux chaises, comme je disais plus haut (rires). Mais on n'a pas peur de se frotter aux deux styles.

Comment faites-vous pour retrouver le son d’anasazi en live ? Utilisez-vous des samples ?

Nous avons les sons de claviers qui sont samplés et quelques chœurs féminins ; sinon, le reste, on le restitue avec nos instruments et l'énergie. Nous avons un son plus Metal en live que sur album, plus pêchu.

Au niveau de ta voix, tu sembles utiliser régulièrement des effets ?

Pas tant que cela, le seul effet que j'utilise est l'effet dit "radio" avec un peu de disto sur la voix. J'adore cet effet mais je l'utilise avec parcimonie.

Est-ce compliqué en live de combiner le chant et la guitare ?

Non ça va, c'est un peu de boulot mais c'est sympa. Le plus difficile, je trouve, c'est la combinaison de chanter, jouer, se souvenir des paroles et gérer les sons au niveau des pieds (avec les pédales) et des micros de la guitare. J'ai trois sons, un clean, un crunch et disto avec l'ampli ; mais le reste des sons, je les fais avec ma guitare et notamment le potard de volume et les trois micros de ma Telecaster et boost medium ; et parfois, tu peux t'emmêler les pinceaux, mais c'est tellement fun quand ça fonctionne :-)

Quels sont les plans pour le groupe dans les mois qui viennent ?

On est en train de composer le prochain album qui avance bien, on l'enregistrera en 2019. On va faire un clip début 2019 aussi pour promouvoir "ask the dust", tout en cherchant de nouvelles dates pour jouer en live.

On a un concept album qui est écrit (comme je te l'ai dit plus haut) mais on l'enregistrera après l'album qu'on compose en ce moment. Sérieusement à chaque répèt', on compose un morceau donc, potentiellement, c'est juste de plus de temps dont on aurait besoin ; des journées de neuf heures de boulot et le soir neuf heures de musique, ce serait top !! Et dormir une heure et recommencer tous les jours jusqu'à la mort et même après :-)

Merci pour ce bon moment, je te laisse le mot de la fin pour nos lecteurs…

Merci Didier pour cette interview et ton intérêt pour anasazi. C'est important d'avoir des webzines, sites qui s'occupent de faire vivre les groupes via des entretiens, des chroniques et faire circuler la culture underground. Vous êtes aussi importants que les groupes que vous relayez et c'est super de prendre le temps. Je sais que c'est un boulot de passionné aussi. Merci du fond du cœur et longue vie Aux Portes Du Metal (lml).

Chers lecteurs, j'espère que vous aurez envie de prendre le temps de découvrir la musique d'anasazi qui vient directement du cœur, il faut quelques écoutes pour rentrer dans notre univers mais cela vaut le coup (j'espère ^o^).

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Bonne musique :-)

 

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