Hervé N' Kaoua

Interview date

Juin 2009

Interviewer

Yann

I N T E R V I E W

Interview Hervé N' Kaoua


Hervé, tu es le premier musicien de classique à être interviewé sur notre webzine metal. Ca doit te surprendre de découvrir un public radicalement différent de celui auquel tu es habitué. Que penses-tu du public métalleux ?

Et bien, contrairement à pas mal d'idées reçues, en tant que musicien classique, j'ai toujours été vachement bien accueilli par les métalleux. Je trouve que quelque part, ils sont sensibles à cette musique. A chaque fois qu'on a joué avec Patrick le répertoire classique, on a trouvé une écoute et une réaction plutôt positive par rapport à ces répertoires. J'ai été plutôt agréablement surpris par l'accueil aussi bien chez les gens qu'on cotoie, chez ses amis musiciens, chez le staff technique...

Les solos de Bach et de Beethoven repris par une guitare électrique, ça a dû te surprendre non ?

Moi, ça ne me choque pas du tout. Avec Patrick, le disque qu'on a enregistré, on va dire que c'était un essai, on a adapté des pièces pour voir comment ça sonnait. On se rend compte maintenant qu'il y a des pièces qui fonctionnent et d'autres qui fonctionnent moins, même vis à vis du public. Je pense que ça n'aurait pas choqué certains compositeurs, je pense notamment à Vivaldi qui a écrit pour le banjo et pour plein d'instruments différents.

Au départ, beaucoup de chroniques ont trouvé la guitare de Patrick un peu trop en retrait. C'est lors de l'interview de Patrick qu'il nous a expliqué qu'il ne faisait que reproduire les parties de violon de l'époque au même volume.

En fait, le principe de cette musique là, c'est qu'il s'agit de musique de chambre. C'est un ensemble, c'est pas un instrument qui est soliste avec de l'accompagnement derrière. Y a aussi des pièces comme ça, comme par exemple la pièce qu'on va jouer ce soir, la pièce de Kreisler, c'est plus avec un accompagnement de piano et une guitare devant. Le but de la musique de chambre est vraiment que les sons se mélangent, ça joue sur l'interaction entre les instruments et les musiciens. Fatalement, c'est pas un disque de guitare.

Qu'allez-vous jouer ensemble ce soir ?

On va faire la pièce de Kreisler. Et après, moi, je me suis prêté au jeu de jouer un peu de rock pour faire plaisir à moi, d'abord, et puis à d'autres, j'espère.

Au cours des 20 années depuis le début de sa carrière, Patrick a joué avec des claviéristes de de rock, de jazz puis de classique. Comment résumerais-tu sa personnalité musicale ?

C'est quelqu'un de super ouvert qui essaie toujours de trouver des choses nouvelles et de s'enrichir de tas de choses différentes. Et quand je vois avec quel sérieux il s'est mis dans le répertoire du classique, il voulait vraiment aller jusqu'au bout de la compréhension. C'est vraiment pas facile, quand on vient pas de ce milieu là, de se plonger dans une sonate de Beethoven ou de Fauré, c'est vraiment tout un univers musical qui est très très difficile. Au delà même de la prestation musicale, je suis très admiratif qu'il ait pu rentrer dans ce langage là et qu'il ait essayé d'en comprendre toutes les finesses.

Avez-vous rencontré des difficultés, toi et Patrick, au niveau technique, ou de mise en place pour faire les adaptations ?

Ca a été beaucoup plus difficile pour lui. Moi, je suis dans mon élément. C'est vrai que ça change certaines choses parce que ce n'est pas un violon, y a des attaques qui sont un peu différentes, mais pour moi ça ne change rien du tout. Tout le boulo a été pour lui, c'est vraiment lui qui a franchi le pas. Moi, je n'ai rien fait, je l'ai accueilli.

Peut-on espérer une suite à cet album classique ?

C'est prévu oui. Pas forcément tout de suite. Comme on a mis 2-3 ans pour faire cet album, le temps qu'on se rencontre, qu'on se connaisse un peu, qu'on teste pas mal de choses, je pense que si on décide d'en faire un autre, ça prendra moins de temps puisqu'on a déjà une petite expérience commune. Du coup, on saura mieux cibler ce qui fonctionne et ce qui fonctionne moins.