Gazpacho

Artiste/Groupe

Gazpacho

Album

Tick Tock

Date de sortie

Mars 2009

Style

Rock Progressif

Chroniqueur

Didier

Note Didier

18/20

Site Officiel

C H R O N I Q U E

Gazpacho sort un nouvel album qui fait suite au merveilleux "Night" chroniqué par moi même début 2007. Je découvrais alors les magiciens/norvégiens et leur rock progressif irrésistible. Vous comprendrez donc mon impatience à chroniquer le dernier né au nom étrange de "Tick Tock". Une fois de plus Jan-Henrik Ohme (chant) et sa bande(Jon-Arne Vilbo: Guitares, Thomas Andersen: claviers, Mikael Kromer: Violon, Mandoline, Guitare, Robert R. Johansen: Batterie, Percussion, Kristian Torp: Basser) nous sert un concept album qui nous compte littéralement une histoire. Une aventure humaine même, puisque l'album retrace la mésaventure de Antoine de St Exupéry s'écrasant dans le désert Saharien, raconté dans son célèbre livre "Terre des Hommes". Je suis particulièrement touché par cette démarche, ayant toujours été adepte de la poésie des oeuvres de St Ex, et qu'en plus un des mes grands oncles l'avait connu, et avait même volé avec lui à l'époque de l'Aéropostale. Démarche hors du commun donc, pour un groupe tout a fait hors du commun aussi.
Seulement 4 morceaux, pour un album de 50mn, qui commence de manière plutôt rock par un "Desert Flight" de 7mn30. Je dis, plutôt rock, et je me surprend même à trouver que le morceau sonne comme du super bon Muse. Si, si, c' est bizarre, je sais, mais véridique. En tout cas jusqu'au break de la 4ième minute, où là, exit Muse, on chavire, on se transpose dans l'avion de St Ex, le désert défilant sous la carlingue, lancinant, vaste, sans fin, mais d'une beauté irréelle. Pareil pour la musique. Le rythme s'accélère, comme les problèmes mécaniques, jusqu'a l'apothéose, vibrante au son du violon désormais célèbre de Gaspacho.
L'enchainement vers "The Walk" à peine remarqué, on se retrouve à marcher dans le sable pour chercher à survivre. Le chant de JH Ohme dans la première partie est d'une émotion incroyable (attention : larme à l'oeil bien possible), proche d'un Steve Hoggarth de Marillion (leur mentor à l'origine). Nous voila partis pour 13mn40 de panard absolu (c' est normal on est à pied dans les dunes, je vous rappelle faut suivre les mecs). Mandoline, guitare acoustique à la rythmique, longs claviers mélancoliques. Break arabisant au violon, purée que c'est chouette ! Petit passage de solo de guitare, subtil, voila qu'on est sujet aux mirages, sous ce soleil écrasant. Littéralement envoutant.
Un orage dans le désert nous fait passer avec discrétion de "The Walk" à un "Tick Tock" de 22mn, rythmé par un métronome. Difficile de résumer en quelques lignes 22mn de morceau surtout dans le domaine du rock progressif. Chant d'intro très Marillion, que d'émotion encore dans cette intro lancinante, lente, tout à fait ce qu' on peu imaginer dune errance sans fin dans les dunes du Sahara à la recherche de la civilisation, synonyme de survie. Premier coup de "chair de poule" vers les 5mn45 avec tout à coup, surgit de nulle part, des chant grégoriens. Hallucinants ! Danger de poils hérissés sur les bras ! Fallait oser, Gazpacho ne se chie pas. Une grosse rythmique prend vite le dessus, pour un break mélancolique à souhait, dompté par un piano magnifique et une bonne grosse dose de basse et batterie impeccables (comme toujours). Retour au métronome de l'intro. On revient à des sonorités de chant proches de Muse, souligné par un piano clair comme de l'eau de roche. Deuxième break qui tue, vers 13mn40, avec le retour du violon magique. Déjà fabuleux dans l'album précédent, il vous scotche littéralement à votre siège, d'émotion. La vache ! A encore 6mn de la fin, on a l'impression, à nouveau, de survoler le désert, comme une âme abandonnant un corps, assistant à la scène finale. Un grand piano, sur fond de métronome vient accentuer l'effet boeuf. On sent le héro proche de la fin, puisant dans ses dernières réserves. Le chant final est somptueux. Mélancolique, prenant, difficile de ne pas chavirer, fermer les yeux et profiter de ce moment de pur plaisir. Petit solo de guitare en fond, subtil, retour métronome, fin.
On finit avec un "Winter is Never" de seulement 5mn (!) , toujours mélancolique et beau, chanté à merveille, quelques passages me rappelle du vieux Bono et son gang, c'est fou ce que ce chanteur fait passer comme émotion.

Bon dieu, quelle aventure ! J'en suis tout chamboulé. Vraiment. Je suis sûr que St Exupéry aurait adoré cette mise en musique de son oeuvre. A écouter religieusement, fort, sans bruit parasite, et d'un bout à l'autre. Et pourquoi pas en (re)lisant "Terre des Hommes" histoire de se plonger à fond dans le bain et de comprendre la démarche de Gazpacho, pilier du rock progressif du 21ieme siècle (à quand une vraie reconnaissance bordel ?!)