Artiste/Groupe:

Poison

CD:

Flesh and Blood

Date de sortie:

1990

Label:

Style:

Hard Glam US

Chroniqueur:

Orion

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Poison, le groupe que tout le monde aimait détester. La cible préférée des thrashers et des deathsters de l'époque. "Ouais, c'est de la musique de gonzesses, ça craint, c'est des tafioles"… voilà ce qu’on entendait. Ouais ouais ouais, tout ça, tout ça... mais au fond, Poison, c'est quoi ? Une bande de branquignols juste bons à se déguiser en gonzesses pour masquer le fait qu'ils ne savent pas jouer ? Si ça fait plaisir à certains de le croire… mais c’est un peu plus compliqué que ça. Car derrière le fard se cache un groupe qui ne manque pas de talent pour composer des hits imparables et pour faire bouger les stades. Les millions d’albums vendus par les Californiens sont un peu la réponse aux détracteurs.

Oui, Poison avait commencé sa carrière en défrayant la chronique avec la sortie de son premier album en 1986, Look What The Cat Dragged In sur la pochette duquel les quatre musiciens posaient déguisés en femme ou plutôt, pour citer Stix Zadinia (Steel Panther) "en hommes ressemblant à des femmes qui ressemblent un peu à des hommes qui ressembleraient à des femmes sexy. On aurait presque envie de se les taper." Au moins, lui, ça l’a inspiré…

Le groupe proposait alors un Hard Glam influencé par Aerosmith, Mötley Crüe ou Kiss, taillé pour la fête avec bons gros refrains à l'appui. Le premier album avait fait un joli carton, enfoncé par le second album, Open Up And Say... Ahh! qui propulsa le groupe à strass et paillettes aussi haut que Bon Jovi, Def Leppard et Mötley Crüe.
Mais là, nous sommes en 1990. Le phénomène Guns n' Roses est passé par là. Suivant leur exemple, pas mal de groupes tels que Mötley Crüe ou Warrant vont abandonner le look glam efféminé et opter pour un look plus sobre, plus Metal. Poison, le groupe qui avait poussé le délire au maximum, n'échappe pas à cette nouvelle règle. Sur Flesh and Blood, leur nouvel album, exit les cheveux crêpés, les maquillages de gonzesses, les fringues colorées et bonjour le cuir, les jeans déchirés, les santiags et les chapeaux de cow-boy. Ca fait déjà plus sérieux. 
Plus sérieuse aussi est la musique sur ce nouvel album. Bon, pas complètement, on ne se refait pas totalement et des morceaux comme le single Unskinny Bop et (Flesh And Blood) Sacrifice gardent le côté fun du groupe des deux premiers albums et évoquent toujours leurs sujets de prédilection jusqu’alors, le sexe et la teuf. De même, Ride The Wind et Let It Play sont des odes aux chevauchées sur des bécanes, cheveux au vent… encore des évocations de l’esprit de liberté qui régnait alors. Mais, c'est dans l'air du temps, des thèmes sérieux apparaissent avec Valley Of Lost Souls, Life Loves A Tragedy, Something To Believe In et Come Hell Or High Water. Poison ne veut plus être perçu comme un groupe pour adolescentes en quête de sensations fortes. Les années 90 sont arrivées, finie l’insouciance.
Ca, c'est au niveau des paroles. mais musicalement aussi, on sent une certaine maturité. Car si la vitrine de l'album, le sautillant et particulièrement groovy single Unskinny Bop, a forcément contribué au succès de cet opus à sa sortie, il n'en reste pas moins que l'album dans son intégralité va plus loin. Bien sûr, Poison n'abandonne pas son fond de commerce puisque ça marche du feu de Dieu (Don't Give Up An Inch, Ride The Wind)… Mais l'introduction est déjà inhabituelle pour ce groupe et quand retentissent les premières notes de Valley Of Lost Souls, on sent la nouvelle direction du groupe, plus rock and roll, avec refrain moins tapageur. 
Par ailleurs, dans son hard glam festif, le groupe ajoute une pointe de blues que l'on n'avait pas vu venir. Le court instrumental Swampjuice, Ball And Chain et le très justement nommé Poor Boy Blues et son harmonica sauvage montrent de nouveaux horizons au groupe californien. Une direction que le groupe empruntera avec son album suivant, Native Tongue, mais le public, lui, ne suivra pas.
Les ballades de rigueur, Life Goes On et Something To Believe In, sont réussies. On savait le groupe assez doué dans cet exercice depuis la très belle Every Rose Has Its Thorn de l'album précédent. La voix de Bret Michaels sait se faire touchante dans ces exercices. Et si on prend le temps d'approfondir un peu, on se dit que C.C. DeVille, le guitariste du groupe, n'est pas le rigolo que l'on pensait. Oui, il sait se servir d'une guitare et il le prouve. Ses solos sont efficaces et bien torchés. 
Alors, Poison, des rigolos qui ne savaient pas jouer ? Il n'y a bien que ceux qui ne les avaient jamais écoutés sérieusement qui pouvaient avancer de telles inepties !

Flesh And Blood est le dernier gros succès de Poison. Car, malheureusement pour eux, Poison va faire partie de la longue liste des groupes de Hard américains victime du nettoyage initié par la vague grunge et aura bien du mal à s’en remettre. Comme si ça ne suffisait pas, des tiraillements entre Bret Michaels et C.C. DeVille vont aboutir à l’exclusion du guitariste un an après la parution de cet album. 
En recrutant à sa place Ritchie Kotzen, le groupe va orienter son hard festif vers un hard teinté de blues mais si le résultat artistique est au rendez-vous, ce ne sera pas le cas du succès commercial. 
Poison, toujours en vie aujourd’hui et malgré le retour de DeVille, ne retrouvera jamais l’aura qui fut la sienne à la fin des années 80 / début 90. Cet album reste un très bon témoignage de leur période d'or.


Tracklist de Flesh & Blood :

01. Strange Days Of Uncle Jack 
02. Valley Of Lost Souls 
03. (Flesh & Blood) Sacrifice 
04. Swampjuice (Soul-O) 
05. Unskinny Bop 
06. Let It Play 
07. Life Goes On 
08. Come Hell Or High Water 
09. Ride The Wind 
10. Don't Give Up An Inch 
11. Something To Believe In 
12. Ball And Chain 
13. Life Loves A Tragedy 
14. Poor Boy Blues

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