Artiste/Groupe:

Warrel Dane

CD:

Shadow Work

Date de sortie:

Octobre 2018

Label:

Century Media

Style:

Dark Progressive Metal

Chroniqueur:

Blaster Of Muppets

Note:

16.5/20

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Voilà donc le chant du cygne de Warrel Dane. Ce chanteur américain à la voix et aux textes singuliers aura marqué l'histoire du Metal, que ce soit avec son premier groupe, Sanctuary, reformé il y a quelques années et avec lequel il devait enregistrer un album prochainement, ou avec Nevermore (inactif depuis 2011 mais qu'il espérait faire renaître un jour). Dane avait également proposé un album solo, Praises To The War Machine, en 2008... Le Shadow Work qui parait aujourd'hui, quelques mois après sa mort, est donc son deuxième essai en la matière. En plus de revêtir un caractère spécial vu les circonstances, il est également très différent de son prédecesseur. Cela est dû à plusieurs choses. Dix années se sont écoulées depuis Praises To The War Machine, Nevermore s'est dissout, Sanctuary est revenu à la vie et Dane s'est récemment entouré d'autres musiciens, un groupe brésilien assez remarquable constitué de Johnny Moraes et Thiago Oliveira (guitares), Fabio Carito (basse) et Marcus Dotta (batterie). En 2015, ces cinq compères ont entamé une tournée célébrant les quinze ans de l'excellent Dead Heart In A Dead World (Nevermore)... et à l'écoute de Shadow Work, on peut affirmer sans crainte que cela s'entend car ce deuxième album solo sonne finalement beaucoup plus comme du Nevermore que le premier. L'album qui nous est présenté aujourd'hui n'est évidemment pas celui qui avait été envisagé par le groupe étant donné que Dane est mort au beau milieu de son enregistrement. Les musiciens ont décidé de prendre ce qui avait été fait, compléter les enregistrements de Dane, et présenter un disque de huit pistes et une petite quarantaine de minutes de musique. Etait-ce une bonne idée ? Absolument ! 

L'intro Ethereal Blessing avec ses percussions, ses sonorités orientales, ses claviers et la voix si particulière de Dane, installe déjà une ambiance singulière et envoûtante... Mais ce n'est que le calme avant la tempête car une fois terminée, c'est au tour de Madame Satan de débarquer et là, nous sommes en plein thrash moderne, rapide et technique tel que Nevermore savait très bien le pratiquer parfois. Shred, batterie très énervée, chant envoûté ou voix plus caverneuse, refrain très mélodique dont l'atmosphère ne dépareillerait sur un bon disque de King Diamond... Ca démarre très fort. Disconnection System, bien que moins remuante, reste dans une lignée semblable. C'est assez méchant et tourmenté tout en restant accrocheur et très bien fichu. Après deux morceaux de cette trempe, il fallait quelque chose de différent pour respirer un peu et c'est là qu'intervient, pile au bon moment, la chanson As Fast As The Others, un titre à l'allure plus modérée, aux leads de guitares bien mélodiques et choeurs fédérateurs, qui fonctionne parfaitement.

Par la suite, il y aura encore de la furie maîtrisée avec la chanson titre puissante, véloce et changeante mais Warrel et ses amis continueront d'explorer d'autres possibilités. Comme il l'avait fait sur Dead Heart In A Dead World, Dane nous refait le coup de la reprise qui décoiffe et surprend tant elle n'a rien à voir avec la chanson originale. A l'époque c'était le Sound Of Silence de Simon And Garfunkel qui avait subi ce traitement, aujourd'hui c'est The Hanging Garden de The Cure. Du blast, des guitares qui virevoltent dans tous les sens, un refrain épique... bien fort sera celui qui arrivera à reconnaître ne serait-ce qu'une pincée de The Cure là-dedans. C'est peut-être le moment de préciser que les musiciens font un travail remarquable. Puisqu'on parle souvent de Nevermore dans cette chronique, disons-le carrément : il faut pouvoir passer après des monstres comme le guitariste Jeff Loomis ou le batteur Van Williams... eh bien les Brésiliens recrutés par Dane le font et n'ont pas à rougir de la comparaison.
Terminons avec les deux derniers titres : Rain tout d'abord, une compo plus posée et mélancolique. Une belle power ballade qui met en avant une facette plus poétique et touchante du chanteur, avec un thème mélodique principal qui s'incruste facilement dans notre tête. Le voyage s'achève avec un Mother Is The Word For God ambitieux, progressif, s'étalant sur plus de neuf minutes et compilant toutes les qualités vues précédemment. Il y a de la belle mélodie, une maîtrise instrumentale impressionnante, des moments sombres et torturés alternés avec d'autres plus lumineux. C'est bien composé, riche, dense et parfaitement interprété (la voix grave et l'expressivité du chant de Dane sur l'intro valent le détour). 

On le savait déjà, Shadow Work n'en est que la cruelle confirmation : avec la disparition de Warrel Dane, le monde du Metal a perdu un de ses grands artisans. Quand je me suis mis en tête de m'atteler à cette chronique, je dois avouer que j'avais un peu peur que cet album posthume et inachevé ne soit pas à la hauteur des attentes et que son potentiel ne soit pas totalement exploité. En réalité, il est bien meilleur que ce à quoi je m'attendais. J'ajouterai même que la dernière fois que j'ai été aussi impressionné et conquis par un album où Dane figurait, c'était avec The Godless Endeavor de Nevermore en 2005. Ultime surprise d'une carrière riche en émotions et rebondissements, Shadow Work est une belle conclusion, finalement assez complète (malgré sa durée relativement courte) et représentative de l'œuvre (et du talent) de son défunt créateur. Ce disque peut figurer sans peine aux côtés des meilleurs faits d'armes d'un artiste reconnaissable entre mille et parti bien trop tôt. 


Tracklist de Shadow Work :

01. Ethereal Blessing
02. Madame Satan
03. Disconnection System
04. As Fast As The Others
05. Shadow Work
06. The Hanging Garden
07. Rain
08. Mother Is The Word For God

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