Week-end parisien et ce qui reste fascinant avec cette ville, c’est qu’on y trouve toujours quelque chose à y faire. L’offre est démentielle et j’ai jeté mon dévolu sur un groupe que j’apprécie beaucoup car majeur à la fin des années 2000, membre de l’excellente scène post-rock. Souvenez-vous : chemises de bûcherons, retour de la barbe (soignée, le bobo n’était pas très loin). Ça buvait du vin rouge au concert (quand une bière ça passe tellement bien !). Sigur Ros touchait au sublime / divin, Mogwai impressionnait (en studio). Les Godspeed You ! Black Emperor étonnaient avec un post ultra arty. Ah les amoureux de lente montée en puissance, de douces et belles mélodies étaient à la fête. Crippled Black Phoenix, groupe de Justin Greaves, débarquait dans une forme de seconde vague. C’est surtout l’album I, Vigilante (2010) qui fit sensation accumulant des compos fortes.
La signature chez Season Of Mist, l’évolution permanente d’un Justin Greaves intégrant d’autres collaborateurs ou réajustant l’organisation au sein de son groupe a mené le groupe vers une musique plus « metal », moins post-rock. Leur chef d’œuvre (car c’en est un) Ellengæst sorti pendant la crise sanitaire fit sensation et remit le groupe sur le devant de la scène. Atmosphères lugubres, post sombres, guitares plus écrasantes et toujours la voix de Belinda, lumineuse. On va en reparler de Belinda d’ailleurs, vocaliste fascinante.
Depuis ce Ellengæst, Crippled Black Phoenix semble avoir trouvé son rythme, un fonctionnement qui leur va bien. Les musiciens cumulent les side-projects, expriment une créativité débordante. Aussi, plus étonnant, Justin Greaves aime à revenir sur sa discographie, repenser des titres. Les deux décennies d’existence du groupe avec la doublette The Wolf Changes Its Fur But Not Its Nature - Horrific Honorifics Number Two, deux disques où le groupe proposa des versions réarrangées de sa discographie. Les tenants de la tradition “une œuvre est par définition datée, représente un moment de vie, d’une époque, il est inconcevable d’y revenir” pourront crier au loup, Justin Greaves est dans le mouvement permanent. Et il faut faire avec.
C’est dans un Petit Bain très bien rempli que le groupe est venu ce soir. Temple Fang et son desert-rock a chauffé une salle attentive et c’est un collectif qui débarque sur les planches. Il y a du monde sur scène, deux guitaristes, un bassiste, un au synthé et un batteur. Pour l’étroite scène du Petit Bain, ça fait beaucoup de monde. Car je n’ai pas cité la très introvertie Belinda, signature vocale du combo anglais (mais constitué d’un américain et d’un norvégien). La vocaliste chante à merveille mais dégage une timidité presque maladive. Pas de jugement, il faut y aller sur scène mais pour une chanteuse, c’est assez rare. Même lorsque Justin présente ses musiciens, elle lui fait presque signe de ne pas la citer ce qui vu son expérience scénique surprend un peu. Vocalement, la brune impressionne, chant iconique et qualitatif.
Le groupe déroule une setlist solide, pas mal de morceaux récents. On y retrouve des bons riffs, une ambiance intimiste permise par des lights très immersives. Le public concentré adhère, c’est d’une grande fluidité d’ensemble.
Justin Greaves semble parfois un peu perdu dans sa setlist relisant régulièrement son papier à ses pieds. A sa décharge, ce n’est que la troisième de cette tournée, il y a quelques approximations, bien rattrapées par une communication plaisante avec un Justin très simple d’accès. We Forgotten Who We Are (morceau au titre qui symbolise bien notre époque ?) emporte tout avec son ambiance cotonneuse, hyper plaisante avec ses géniales interventions au piano. Une réussite absolue, une atmosphère géniale. Ce pur joyau du post-rock reste un incontournable et Justin peut faire évoluer son final, le plaisir est total.
Au final, un excellent show, plaisant, immersif d’un groupe fascinant qui a trouvé son rythme de croisière. Et ce dernier est impressionnant de qualité.