Sujet casse-gueule par excellence avec ce nouvel effort de Five Finger Death Punch (5FDP). C’est que le groupe incarne l’Amérique dans ce qu’elle a de plus clivant. Ouvertement au soutien des boys, militariste, imagerie redneck assumée, 5FDP ne fait pas dans la finesse, encore moins la subtilité et la nuance semble bannie de leur approche. Deux remarques par rapport à ça : nous ne ferons jamais de politique en ces pages, c’est de la musique. Reste qu’il est difficile d’en faire abstraction, que pour certaines personnes, TOUT est politique et ne pas aborder le sujet est une erreur, même par omission. Le sujet devient donc délicat mais l’auteur de cette missive entend rester sur sa posture de "musique, pure musique" ici. Et il y a un autre aspect, c’est que les musiciens ne vont pas s’excuser d’être ce qu’ils sont. Ils viennent d’un certain "monde", d’un pan de la société américaine que clairement nous ne comprenons pas de ce côté de l’Atlantique. Il est presque certain que la réciproque est vraie même s’il est plus probable qu’ils n’en sachent rien (où là j’ai porté un jugement !). Le rapport à l’Amérique est complexe, entre admiration et répulsion, encore plus vu côté Sud-Ouest où la culture américaine est peu présente en ces terres plus proches du mode de vie hispanique.
Ce petit laïus pour aborder ce sujet qui n’est pas si neutre pour un groupe qui incarne l’Amérique sous toutes ses coutures. Gros son radio friendly, ballades, riffs bas du front (mais diablement efficaces et excellemment produits), 5FDP ne brille pas par sa subtilité, accumule les gros vocaux puissants portés par un groove réel. Une fois le cerveau débranché le plaisir d’écoute est réel et le plaisir coupable. Sucrée ce qu’il faut, la musique de 5FDP s’appréhende très simplement. En fait c’est ce que le Metal américain produit de plus local comme nous autres déversons du metal alternatif contestataire (tout autant orienté politiquement, juste ce n’est pas le même bord politique !). Et il n’est pas interdit de penser que si certains de nos groupes venaient à s’exporter, les critiques seraient acerbes. C’est que notre modèle avec des artistes intermittents du spectacle fustigeant ce même système qui les nourrit, ça pourrait laisser perplexe. Finalement, il convient d’élargir le point de vue, ce qui n’est pas simple (et aussi de balayer devant sa porte).
Five Finger Death Punch n’est pas pour nous autres européens, représente un modèle américain qui a un embryon de public par chez nous (où la culture américaine s’implante inexorablement). Reste à souhaiter que cela ne se développe pas trop et que chacun finalement amène une version "locale" afin de garder une diversité culturelle et ainsi entretenir une réelle richesse.
Sorti de ces réflexions, ce nouvel effort s’écoute bien, c’est plaisant, les compos tiennent la route. Rien ne ressemble plus à du 5FDP que du 5FDP avec cette voix si caractéristique, mais on ne recherche pas l’évolution d’un groupe ici, le style est balisé. Le groupe tient sa formule et œuvre de fait dans du fan service malgré de louables tentatives de varier un peu. C’est qu’avec la voix d’Ivan Moody on sait d’emblée où on est. Les fans y trouveront leur compte et c’est bien là l’essentiel. Les rétifs le resteront. Rien de nouveau sous le soleil (de Satan).