Dernière journée de cette édition 2026 et c’est un line up dantesque qui se présente ce jour. Historiquement, le Summer Breeze peinait un peu je trouve à bien programmer son dernier jour. Il est vrai que peu de groupes aiment à jouer le dernier jour avec un auditoire éreinté, collectivement un peu moins réceptif. L'enthousiasme du premier jour a progressivement décliné chez certains. Les festivaliers sont fatigués, les préparatifs du départ des campings commencent avec déjà des premiers rangements pour repositionner les voitures sur les parkings histoire de partir plus vite le soir. Cela crée une ambiance un peu particulière, c’est le dernier jour, déjà ce sentiment de fin qui arrive, une légère nostalgie pointe déjà chez certains festivaliers. Toutes les bonnes choses ont une fin… Pour autant il reste de l'énergie et un intérêt réel pour cette journée et l'ambiance reste géniale bien qu'un peu différente. Chaque journée a son atmosphère c'est top aussi à vivre.
En plus, la journée est annoncée de loin la plus chaude avec un 35° au programme. Dur ! Mais le metalleux est résilient. Et que dire du coreux pour qui c'est art de vivre ? Alors on s’accroche et on y retourne. La qualité des concerts prévus donne très envie, on met ses états d’âme de côté et on y retourne, bravement.
Nous y tenions à ce premier avec ce groupe finlandais que nous avions raté lors de précédentes éditions. Les finlandais deBloodred Hourglass ouvrent notre journée où le death mélo aura ses lettres de noblesse et ce show sur la T-Stage va joliment lancer cette dynamique. Avec trois guitares dont deux rythmiques, la musique des finlandais est intense, très épaisse. Ça écrase bien avec ce death mélo très solide. Les musiciens ne peuvent cacher leurs origines finlandaises, ce très grand pays de death mélo. Vêtus de noir, aucun sourire, un flegme à toute épreuve, les membres de Bloodred Hourglass n’en font vraiment pas des caisses et laissent leur musique parler. Excellente, cette dernière assure et c’est satisfait que le public ressort de ce très bon show après ces trois quarts d’heure de mélodeath de haute valeur.
Découverte surprenante sous le chapiteau avec Wucan, groupe de rock psychédélique avec une chanteuse qui attaque à la flûte. On se croirait revenus dans les 70's, ambiance Woodstock. C’est étonnant, on se demande un peu ce que ça fait ici mais c’est sympa, ça offre un moment à part dans ce Festival par ailleurs très dense dans son affiche.
Sur la Main StageKadavar doit composer avec une chaleur écrasante et donc un auditoire moindre. Il y fait chaud sur le parterre et mécaniquement, cela en a dissuadé certains. Pour autant, le groupe sous sa nouvelle configuration à quatre n’en a cure et fait le job. Boosté par un son très puissant, le quatuor allemand déverse ses riffs sabbathiens, les fait tourner en boucle dans un esprit très 70’s ce qui me permet de mieux comprendre le choix Wucan au passage. Le bassiste Simon Bouteloup est très présent sur le devant de la scène entouré des deux gratteux plus monopolisés par leur instrument. Le petit nouveau Jascha Kreft (recruté en 2023) s’intègre bien au groupe, densifie le son qui manquait parfois un peu d’épaisseur en live. Après sa tentative d’innovation avecI Just Want To Be a Sound (2025), les berlinois ont temporisé et sont revenus dans leur zone de confort. Ultra maîtrisé, le show de Kadavar s’est révélé plaisant à suivre avec là encore une offre différente appréciable.
Municipal Wasteet son crossover thrash bas du front enflamme une T-Stage enfiévrée mais le vrai événement c’est le concert d’Orbit Culture. Les suédois sont parmi les gros potentiels et il y a du monde pour voir ce que ça donne. Lors de l’été 2025, j’avais manqué une date In Flames – Orbit Culture au Bikini pour cause de pétanque ! Je peux le confesser un an après, cela m’avait généré une certaine frustration suivie d'une séance d'auto-flagellation (mentale pas physique !). Je suis donc heureux de rattraper cet impair (d'autant plus que je fus particulièrement peu inspiré lors de ce mini Tournoi local). Orbit Culture m’a à la fois ravi (mais aussi confirmé ce mauvais choix a posteriori). Ceci étant dit, les regrets sont comme les joies malsaines : une perte de temps. Alors revenons à l’instant présent et précisons qu’Orbit Culture a tout arraché. Un concert surpuissant avec un petit côté Gojira très bien intégré, une force de frappe démente et deux guitaristes formidables : Niklas Karlsson souriant derrière son ESP Snakebyte BLKS James Hetfield noire. Chant virulent, communication réussie entre les titres créant une bonne connivence avec l’auditoire, souriant, le frontman a tout bon. Richard Hansson plus froid assure les leads avec autorité et un réel savoir-faire. La rythmique tape dur derrière, très très gros show des suédois qui confirme l'incroyable potentiel de cette formation qui, nous le pensons, sera un des mastodontes du genre dans les années à venir et est appelé à un bel avenir. Un des groupes à suivre, à écouter impérativement pour tout fan de death qui se respecte.
Nous manquons (comme il y a 4 ans) les bardes allemands d’Haggefugg mais le programme s’accélère. Les nuages s’invitent dans le ciel de Dinkelsbühl permettant de limiter la chaleur. Soyons francs, c’est très appréciable. Déferlante thrash pour le pote avec les expérimentés Testament. Point notable : Alex Skolnick arbore le même t-shirt à l’effigie du Bikini que lorsque je les avais vus en ce lieu début juillet. J’adore la référence et tant pis si je suis le seul sur le site à connaitre et fréquenter le Bikini ! Passé ce détail (qui n’en est pas un !), grosse boîte à riffs thrash, rythmiques endiablées, solis dantesques, scénographie qualitative, Testament a tout emporté avec son line-up de supers cracks. On a beau connaître, ça fonctionne toujours à fond. Testament le meilleur groupe de thrash en exercice en 2026 ? Je l’affirme sans problème personnellement.
Thundermotherde l’autre côté du site est dans une veine plus heavy / hard rock bien typé 80’s. Le groupe de Flippa Nässil a été renouvelé intégralement récemment après une grosse crise interne mais la suédoise tient le cap bien accompagnée qu'elle est. Linnéa Vikström, la vocaliste, s'était déjà produite sur scène avecTherion et Kamelot, elle sait y faire. On lui pardonne donc ses sandales de campeuse allemande (sans les chaussettes Dieu merci) ! Des sonorités bienAC/DC, la reprise d’un gros riff de Maiden, les suédoises connaissent leur classique. Ce n’est pas mon délire mais ça fonctionne bien, et ça change un peu et offre également une belle respiration dans ce Festival très orienté gros Metal. En ce sens, la soirée s’annonce velue.
L’usine à riffs Decapitated polonaise de Wacław "Vogg" Kiełtyka ouvre ses portes et c’est une heure de gros death qui s’abat sur la T-Stage. Un peu groovy, un peu technique, c’est puissant, dense, définitif. Vogg est un gratteux génial, toujours aussi impressionnant avec son groupe lui qui dépanne à l’occasion chez Machine Head. Depuis 2024 Eemeli Bodde est arrivé au chant. Moins charismatique qu’un Rafał "Rasta" Piotrowski et ses deadlocks immenses, il assure le job, c’est efficace et il s’intègre bien dans le death un peu froid du combo il est vrai. Decapitated a tapé fort, nous a bien calmés avec une setlist hyper efficace. Toujours au top Decapitated même si c'est vrai moins frontal ce qui implique mécaniquement une fosse moins participative.
Depuis la T-Stage, nous voyons au loin des canards jaunes géants voguant sur le pit de la Main Stage. Alestormet son pirate metal est en action. Ce n'est pas trop notre délire nous qui nous sommes lassés de ce groupe trop potache et à l’humour parfois maladroit. Reste que ça a dû bien s'amuser sur ce concert, les écossais savent y faire. Pas grave, une légende s’apprête à fouler les planches sur la T-Stage sur laquelle nous sommes bien présents.
Max Cavalera a connu une trajectoire étonnante. Musicien référent dans les années 90 avec un Sepultura alors dominant, bénéficiant d'un succès croissant; il s’en est allé avec pertes et fracas monter Soulfly à la fin de la décennie après un split retentissant. Après des débuts tonitruants, le groupe s’est un peu enlisé, Max s’est empâté pour devenir une vieille gloire certes respectée de la scène mais dont on attendait plus grand-chose pour être honnête. Multipliant les projets, notre brésilien est revenu progressivement et les concerts donnés ces dernières années ont montré un retour en force. C’est ce qui m’a permis de motiver le pote de venir voir Soulfly (le format retenu sur ce Summer Breeze quand parfois il joue sous le format Cavalera Conspiracy) et il n’a pas été déçu.
Pas de reprise de son premier groupe mais un best of de Soulfly absolument excellent. Pour ma part je n’avais jamais entendu Max Cavalera sonner si puissant. Sa guitare délivre des riffs groovy dévastateurs. Le chant est plus approximatif mais on s’en moque, l’énergie est à son paroxysme. Max Cavalera est soutenu par des musiciens au diapason et ça écrase tout. Un petit interlude de tomes fait du bien avant un final en mode tornade. Max Cavalera fait assoir la fosse sur Jumpdafuckup, c’est la méga fiesta dans le pit. Soulfly a été grand ce jour. On leur pardonne donc sans problème un Bleed un peu brouillon au chant (à ma décharge j'adore ce titre alors j'ai un peu tiqué !). Redevenu fit, Max Cavalera ne nous a pas semblé aussi affuté depuis le split Sepultura. A profiter sans limite de ce retour en grâce et ce peu importe le projet sous lequel Max Cavalera sera amené à évoluer (bon peut-être pas Nailbomb plus à réserver aux initiés et autres fans de grindcore).
La journée avance, inexorablement. La pluie s’invite sur le site, pas trop impactante et même rafraichissant avec bonheur le site. On retrouve l’esprit deux salles deux ambiances du premier soir. La vraie figure tutélaire de cette édition 2026, c’est la présence pour la première fois en ces lieux d’Helloweendont le comeback retentissant n’en finit plus de régaler. Groupe allemand majeur, porte d’entrée dans le heavy pour nombre d’adolescents germanophones (dont le guitariste de Paleface Swissqui se fera le plaisir de le préciser), Helloween c’est un âge d’or autour des deux Keepers à la fin des années 80, une scission interne, un Kai Hansen parti mener sa barque et un groupe qui n’a dû son salut qu’à un Andi Deris impliqué et un Michael Weikath dévoué. En 2016, Mickael Kiske et Kai Hansen sont revenus au bercail et ce retour peut aisément être comparé à celui de Bruce Dickinson et Adrian Smith au tournant du millénaire. En mode Fan-service, Helloween bénéficie d’une superbe cote, et envoie des concerts de plus de deux heures qui régalent les fans historiques, proposent leur lot de classiques. C'est très bien exécuté et le plaisir est réel.
Pour être honnête et le lecteur en comprendra vite la raison, je n’ai suivi qu’une petite heure du show des allemands, Il m'est donc difficile d’en faire un retour complet. Juste, j’ai trouvé le son très bon, l’interprétation impeccable. Seul hic, les longueurs inhérentes avec deux frontmen bavards (mauvaise manie des frontmen allemands !). A l’instar d’un Guns, quelques longueurs ralentissent le rythme. C’est bien de faire chanter le public mais ça casse le rythme, surtout si on est éloigné de la scène et moins impliqué dans le concert. Future World est ainsi entrecoupé d’un passage presque Knockin On Heaven’s Dooresque dans sa version Guns c’est dommage tant ce titre est percutant à la base. La setlist est d’école, les fans sont ravis et si le show n’est pas dingue, les visuels sont sympas à défaut d’être incroyables. Délicat d’en dire plus je l’ai dit, le trop peu vu m’a bien plu sans que je trouve cela incroyable non plus. C'est que de l’autre côté du site se prépare un gros show d'un groupe que j'adore. De plus, ce sera le dernier pour nous de cette édition.
Désaccord de fond entre l’estimé Jean-Mich’Hell et moi, le groupe suisse Paleface Swiss n’en finit plus de me régaler alors que lui y voit un deathcore peu intéressant. Autant en configuration salles, je les trouve "seulement" très bons, en festivals, cela devient dément. L’ambiance dans le pit y fait pour beaucoup. La nuit est tombée et les festivaliers jettent leurs dernières forces dans la bataille. Le concert d’une heure est une boucherie : vocaux hallucinés en mode psychopathe, breakdowns dévastateurs, refrains hymniques, Paleface Swiss écrase tout, a le bon goût d’être venu avec une pyrotechnie massive. A ce sujet, très peu de groupes y ont eu recours sur cette édition et Paleface Swiss a proposé le plus gros show sur ce plan (sur la T-Stage qui plus est). La chaleur explique peut-être ce phénomène. Nous sommes là pour la musique et souvent la pyrotechnie n’a d’autre apport qu’amener un effet « wow ». Cela représente aussi un coût significatif pour les groupes n’hésitant pas à mettre le paquet pour en mettre plein les mirettes en festivals et ainsi se démarquer. La tendance semble plus au recours à des effets marquants sur les écrans géants optimisant la gestion de ces derniers plus que du show "réel". Kanonenfieber déjà annoncé sur des Fest 2027 renversera sans doute ce ressenti mais cette évolution m'a marqué.
Paleface Swiss a donc un peu fait office d’exception sur cette cuvée 2026 et le rendu a tout arraché, les flammes ponctuant souvent les breakdowns fracassants des suisses allemands. Marc "Zelli" Zellweger parle aussi vite (en allemand) qu’il chante, c’est dingue et accentue la dynamique très forte de ses interventions. Love Burns a encore vu un défilé innombrable de slammeurs. Un show immense des suisses allemands qui ont tout arraché, impressionnante conclusion pour nous de cette incroyable édition 2026. Les derniers braves ont pu aller se défouler voir Thy Art Is Murder, c’en est fini pour nous, repus et incroyablement ravis de cette folle dernière journée et plus globalement de cette édition. Au loin, le génial riff de Rice de Slomosanous accompagne sur notre retour à la voiture. Même à plus d'un kilomètre ce riff est une merveille.
Paleface Swiss ou la conclusion magistrale d’une édition haut de gamme. Le Summer Breeze continue de grossir tout en gardant ses fondamentaux. L’esprit qui règne ici reste plutôt roots, c’est un authentique festival de metal et les styles Hard Rock / Heavy Metal y sont peu représentés malgré quelques vrais bons groupes qui apportent un plus dans une offre générale plutôt musclée. Tel est le positionnement de ce Festival et il va sans dire qu’il nous convient toujours autant. Profondément allemand, ce Fest est vraiment NOTRE Fest et on s’y sent bien. La programmation s’est encore révélée d’une grande solidité avec de vraies grosses pointures dans des styles metal extrême. Autre point épatant : la moitié des têtes d'affiche sont allemandes sur ce cru 2026 (l'autre moitié est suédoise) quand ce ratio montera à 100% pour l'édition 2027. Ca laisse rêveur !
En ne proposant « que » trois scènes, le Summer Breeze joue moins la carte de la quantité que celle de la qualité et c’est aussi un point fort selon nous. Soulflly au Wacken c’est un concert de plus dans un programme gargantuesque. Ici ce show a de la valeur et obtient une réelle attention. Moins d’offres signifie ici une meilleure immersion et ce côté « toujours plus » est contenu ici. Le côté « consommation de concerts » qu'on retrouve sur les très gros Fest a ses limites et avec son positionnement intermédiaire, le Summer Breeze nous semble un parfait compromis tout en offrant au passage de vraies belles têtes d’affiche de la scène Metal.
La prestation de Saltatio Mortis a illuminé cette édition mais c’est surtout la densité de l’offre death (sous ses différentes déclinaisons) qui ne cesse d’impressionner en ces lieux. C’est le cœur historique de ce Festival et la continuité est assurée dans le temps. Clairement identifiés, les line up proposés sont ainsi très lisibles et le public sait ce qu'il va trouver et en repart satisfait musicalement. Aussi, le site s’affine, s’améliore chaque année. Comparativement à notre première venue il y a 10 ans, ce Festival a pas mal évolué mais cela s’est fait par touches successives. L’intelligence, le pragmatisme ont un sens ici. Le revers de la médaille comme pour tant d'autres Fests, c'est que le succès est au rendez-vous, le Fest affiche complet et désormais le site sature par endroits tant il y a de monde. En journée, c’est parfait mais l’accès à la Main Stage pour les têtes d’affiche du soir est compliqué il faut le reconnaître. Les conditions y sont d'ailleurs imparfaites pour bien profiter de ces concerts. Même si ces derniers n'ont pas notre priorité, c'est un peu frustrant même si pas nouveau reconnaissons le. Notre intérêt se portant plus naturellement vers la T-Stage l'impact est moindre pour nous.
Encore une expérience Festival réussie, ce sentiment de vivre hors du temps loin d’une réalité parfois plus terne. Je « remercie » à ce sujet la SNCF pour ce retour sur terre avec cet infernal trajet entre retard de mise en place du train, passage à niveau défaillant entre Bordeaux et Agen et plus improbable des moutons sur les voies bloquant le passage (véridique !).
Le Summer Breeze est vraiment un endroit merveilleux et il nous tarde déjà d’y revenir.
Top Ced12 : Saltatio Mortis // Fit For An Autopsy // Paleface Swiss // Blood Command // Brymir
Top Jérôme : Hatebreed // Testament // Paleface Swiss // Terror // Fit For An Autopsy