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le 14 septembre 2026.

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Artiste/Groupe:

Loneshore

CD:

Nothing Left To Deconstruct

Date de sortie:

Juin 2026

Label:

Willowtip Records

Style:

Atmospheric Prog Metal teinté de Doom

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16.5/20

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Je ne sais pas vous, mais moi, la mangue, l’açaï et autres fruits de la passion (maracudja), ben je ne trouve pas ça foufou. D’ailleurs, il paraît que les glaciers brésiliens savent faire autre chose que du sorbet tropical. La preuve nous arrive de São Paulo avec Loneshore, jeune formation qui, pour son deuxième album, nous sert une drôle de glace exotique maison : Nothing Left to Deconstruct. Une boule post-Metal par ici, un peu de prog par là, une pincée de Death Melo, une louche de Doom, quelques effluves de Prog Rock, des voix claires et growlées, des riffs qui savent prendre le pouvoir sur la "liberdade" et, surtout, une capacité assez réjouissante à passer d’un parfum à l’autre sans forcément prévenir le consommateur.

Voilà donc un album qui pourrait rapidement devenir indigeste si ses différents ingrédients étaient simplement empilés les uns sur les autres. Loneshore possède heureusement un cuisinier suffisamment inspiré pour mélanger tout cela avec une certaine classe. Et, contrairement à nombre de productions progressives qui semblent parfois davantage préoccupées par la démonstration de leur certificat de compétence que par le plaisir de l’auditeur, nos quatre, ou cinq en live, brésiliens ont l’intelligence de mettre leur virtuosité au service de la musique. Et ça change tout, quand on doit vendre autre chose que du sorbet à l’eau peu savoureux.

Chez Loneshore, la technique n’est pas vraiment le sujet. Elle est plutôt l’ustensile. On la remarque, bien sûr, mais surtout lorsqu’elle permet aux riffs de prendre une autre dimension, aux guitares de faire respirer une mélodie ou aux voix de déplacer le curseur émotionnel. La guitare, justement, constitue l’un des grands plaisirs de cette dégustation. Elle peut lorgner vers le Death Melo, adopter les circonvolutions du Metal Prog, s’épaissir jusqu’au Doom ou simplement laisser parler une belle mélodie. Et lorsque les voix claires et growlées viennent se répondre par-dessus, le mélange devient particulièrement savoureux. Alors, amies lectrices, amis lecteurs, savourons cette composition et rapprochons-nous des bacs rafraîchissants.

Strailights en est probablement l’un des meilleurs exemples. Le morceau possède ce punch qui fait immédiatement relever la tête, mais sans sacrifier la richesse de son écriture. La virtuosité est présente, enveloppante plutôt qu’ostentatoire, tandis que le son de guitare, quelque part entre Death Melo et Metal Prog, donne aux mélodies une sacrée épaisseur. Puis les voix entrent dans la danse, les growls apportant la rugosité nécessaire aux envolées claires. La mélodie, déjà superbe, se retrouve ainsi magnifiée plutôt que noyée sous les effets de manche. Du grand Doom Prog Metal, ne vous l’avions-nous pas suggéré ?

Et ce n’est pas la moindre des petites boules de glace industrielle sortie du congélateur d’un supermarché musical. Le véritable feu d’artifice arrive peut-être avec Of Lost Waters. Le morceau commence presque tranquillement, dans une ambiance de ballade Prog Rock, avant de laisser progressivement monter la pression. Le riff arrive, puis un autre, la composition change de température et finit par basculer dans un univers nettement plus dense. Et lorsque tout se met finalement en place, Loneshore atteint quelque chose de particulièrement réjouissant : cette sensation où plusieurs parfums différents se retrouvent soudain réunis sans que l’un écrase les autres. Et basta la catastrophique chantilly qui finit toujours à plat sur les chaussures au moment de l’effet le plus saisissant recherché... ici, il n’y en a pas !

Une seule boule, plusieurs goûts, et le glacier a eu raison d’oublier le coulis, la chantilly et les artifices à la sauce de l’entourloupette. La mélodie reste au centre, les guitares l’habillent, les voix lui donnent de la profondeur et la construction progressive du morceau conduit naturellement vers son apothéose. Pas besoin de nous expliquer pendant trois pages que la structure est « séquentielle », que les couches sonores « se dilatent et se contractent » ou que la « pression harmonique » augmente. Il suffit d’écouter et, accessoirement, de la fermer.

Bon, soit, tout n’est évidemment pas aussi délectable. With Nothing We Part, notamment, me laisse nettement plus froid, à une température impropre à maintenir mes parfums décemment sur le cornet. Le morceau possède indéniablement des qualités d’écriture et s’inscrit logiquement dans l’architecture générale de l’album, mais il me paraît trop lisse, trop sage, trop appliqué. À force de vouloir conserver cette élégance intellectuelle, il finit par perdre ce petit grain de folie, de rugosité ou simplement de chair qui donne envie d’y revenir. Un parfum fruité, certes. Mais tellement fruité qu’on finit par chercher désespérément le morceau de fruit.

Et cette réserve est importante, parce qu’elle évite justement de transformer Nothing Left to Deconstruct en démonstration permanente de génie. Non, tout ne fonctionne pas avec la même évidence. Certaines respirations atmosphériques paraissent un peu longues, certains passages semblent davantage réfléchir leur effet qu’ils ne le produisent réellement. L’album peut parfois donner l’impression de contempler son propre reflet dans une glace avant de reprendre sa route.

Mais lorsque Loneshore lâche les chevaux, quelle énergie ! Et du coup, quelle différence ! Le groupe démontre alors qu’il possède quelque chose de bien plus intéressant qu’une accumulation de références : une véritable identité en construction. Et pour une formation encore jeune, après seulement deux albums, c’est probablement l’essentiel. Les brésiliens, sur le chemin de leur propre identité sonore, abordent plusieurs langages musicaux, les font dialoguer et, surtout, commencent à développer leur propre accent.

Une fois la dégustation terminée, ce ne sont finalement pas les ingrédients ou les simples saveurs qui restent en bouche, mais certaines associations, les plus complexes. Une guitare qui vient sublimer une mélodie. Un growl qui surgit derrière une voix claire. Un riff qui transforme une ballade en autre chose. Une montée qui finit par imploser. Une ambiance qui fonctionne parce qu’elle accompagne la musique de manière presque symbiotique.

Alors, régal ou supercherie ?
Régal, camarades. Avec quelques parfums plus consensuels au milieu, certes, mais avec suffisamment de matière pour revenir chercher une deuxième boule.
Loneshore n’a sans doute pas retiré toutes les étiquettes de ses pots, et tant mieux. À ce stade de son parcours, mieux vaut encore quelques parfums difficiles à identifier qu’une recette parfaitement calibrée et déjà figée.

Nothing Left to Deconstruct porte finalement assez bien son nom : à force de vouloir déconstruire la musique, on risque de ne plus rien avoir à déguster. Du grand Doom Prog Metal, on vous répète, très proche de la qualité des sublimes Ethereal Darkness.

Nos brésiliens, espérons-le, auront encore quelques parfums innovants dans leurs prochains bacs. Et certains seront certainement délicieux et rafraîchissants. Pour moi, messieurs, ce sera "limone", "melone" et "lampone", pour leurs goûts subtils, bien sûr, mais également pour la belle musique que ces mots véhiculent... 

Tracklist de Nothing Left to Deconstruct :
01. Self Oscillations
02. Straylight
03. To Stride the Black Earth
04. Birth of a Mountain
05. Of Lost Waters
06. Parhelion
07. With Nothing We Part
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