Groupe:

Leprous + Agent Fresco + Alithia + Astrosaur

Date:

08 Novembre 2017

Lieu:

Bordeaux

Chroniqueur:

Deicide5000

J’arrive au Rocher de Palmer assez tôt ce soir, une arrivée nécessaire pour faire l’interview de Baard Kolstad (batteur de Leprous). Leprous est mon coup de coeur de cet été et je n’aurais laissé ma place ce soir pour rien au monde. J’avais apprécié leur prestation en première partie de Devin Townsend Project en février dernier au Rock School Barbey. Eh oui, à Bordeaux on a eu droit à Leprous deux fois dans la même année…. Ce soir Leprous a attiré environ trois cents personnes.

 

Astrosaur

Il est 20h00 pile et tout droit venus de Norvège les voilà, les courageux compatriotes de Leprous qui ouvrent cette soirée. C’est un trio instrumental, auquel une guitare enregistrée est superposée, qui maîtrise bien son set. Une demi-heure de show et c’est plié. Zéro interaction avec le public mais une trance plutôt bien foutue.

 

Alithia

Il est 20h40, et alors là, on baisse en gamme avec Alithia, un groupe sympathique mais inintéressant. Ils sont deux fois plus nombreux sur scène et m’emballent deux fois moins. Après une intro assez longue, la chanteuse aux dreadlocks arrive sur scène. Elle est très douce et fera apprécier son filet de voix, malheureusement très en deçà des qualités vocales des deux groupes suivants. Le massif chanteur, et claviériste, prend la tête de la danse. Il est gaulé comme un Chuck Billy (Testament) et nous donne la tonalité, trop content de nous dire qu’ils viennent d’Australie. C’est remuant mais part un peu dans tous les sens. Le bassiste s’agite beaucoup, comme sous l’influence d’une substance, alors que les autres ne bougent pas (il leur vole la vedette). C’est décousu et ne m’intéresse à aucun moment. Un set avec quelques passages instrumentaux, qui me laissera de marbre.


 

Agent Fresco

A 21h30, c’est le tour d'Agent Fresco. Je ne les connais pas mais je vais les apprécier. Ils viennent eux aussi du froid (Fresco ?), tout droit de Reykjavik en Islande. Ce n’est pas ma came de prime abord mais j’ai aimé leur prestation très sincère et pleine d’émotion. On dit du groupe qu'il est un croisement entre Mew et The Mars Volta... que je ne connais que de nom.

Sur scène, un chanteur chauve, un batteur stylé Jackson Five, un guitariste/claviériste, un bassiste. Ils sont dépannés ce soir par un bassiste d’un groupe Danois dont le nom m’a échappé. Ce bassiste se montrera très collaboratif avec le batteur lorsqu’il fera des chokes (saisir la cymbale pour l’étouffer après la frappe). 

C’est un set plein d’émotion avec peu de cris (quelques-uns se feront tout de même entendre) et aussi des passages en voix de fausset. 

Le chanteur finit le set de cinquante minutes en descendant dans la fosse, très touchant et très touché, et même très tactile, enchainant les “high five” liés (main dans la main, bras levé) avec qui veut bien communier dans l’instant. Un beau moment. Chapeau bas les gars.

Setlist de Agent Fresco :

01. Anemoi
02. He Is Listening
03. Howls
04. Pyre
05. Wait for Me
06. See Hell
07. Angst
08. Bemoan
09. Dark Water
10. Eyes of a Cloud Catcher
11. The Autumn Red

Leprous 

Il est 22h30, la tête d’affiche bénéficie d’un welcome digne de ce qu’ils sont devenus. Les stars sans attitude sont finement apprêtées, pantalon de ville, chemise, gilet, bien coiffés, le style est assumé. Seul le batteur passera en mode “torse poil” tandis que les autres, stoïques ou pas, assumeront. Un violoncelliste de tournée se rajoute au line-up classique. La scène est élaborée mais sans trop de déco inutile.

L’émotion est très forte dès le départ. J’ai chroniqué leur dernier album cet été et ce fut pour moi une révélation à tel point que je l’ai classé en “coup de coeur”. Leprous fait partie de ces groupes capables de varier la setlist chaque soir... ce qui est effectivement le cas sur cette tournée, on peut le voir sur le Facebook du groupe. Ce soir est de loin la meilleure que j’ai vue, et ce n’est pas du chauvinisme, c'est simplement lié à mes préférences.

Comme chaque soir, Leprous commence sur le duo de début d’album : Bonneville puis Stuck. Bonneville me donne la chair de poule et, croyez le ou non, j’en pleure (je compte sur les doigts d’une main les chansons qui me font cet effet). Heureusement, on est dans le noir, je garde ça pour moi mais en regardant autour de moi, je vois que le sentiment est également partagé sur le passage “I’m drifting”. Quelle intensité alors qu’il n’y a rien de très violent. C’est très réussi.

Stuck va relever l’ambiance surtout au paroxysme de la chanson après une minute quarante où Robin Ognedal (le dernier arrivé dans le groupe) monte (la scène est aménagée pour permettre aux musiciens de changer de niveau en montant sur des petits promontoires) et assène le riff de break qui annonce le refrain. La fin de Stuck est magique elle aussi avec le violoncelle en outro. La salle est conquise, mais y avait-il conquête à réaliser ? Je suis épaté par le nombre de personnes qui connaissent les paroles (bravo).

Leprous nous emmène dans ses humeurs (ses “moods” comme ils disent) changeantes qui vous transportent. 

Je ne suis pas très fan de The Flood mais dès que The Price arrive, c’est l’éclate car c’est la première chanson que j’ai aimée. Elle est suivie d’Illuminate qui est une pure merveille.  

Comme j’ai interviewé Baard Kolstad (le batteur) plus tôt dans la soirée, je ne suis pas surpris et pour tout vous dire, je l’attends, quand Leashes est jouée. C’est la première fois de la tournée qu’ils la jouent…. et je ne suis pas le seul à l’aimer. La bassiste prête la main sur les claviers et permet à Einar Solberg (le chanteur) de se déplacer sur scène.

On a aussi droit à Rewind en version courte sans la partie super intense avec les cris, sans doute pour préserver Baard et Einar.

Les changements de guitares (pour ajuster l’accordage) constituent en soi une véritable attraction. Cela devient vite fatiguant de devoir suivre le compte. Encore une fois, rendez-vous sur le Facebook.

Sur Malina, chanson très calme, Robin retire ses protections d’oreilles pour semble-t-il apprécier le chant angélique d’Einar. Les mecs sont vraiment dedans, ça fait plaisir à voir.

The Weight of Disaster fait son effet avec ses atours sautillants. 

Einar se déchaine littéralement sur le hit From the Flames, il lâche son clavier et se projette de bout en bout de la scène, intégralement possédé. C’est le clou du concert mais ce n'est pas fini.

Comme attendu ils jouent Mirage. Synthés en avant, guitare huit cordes en avant (surtout les cordes graves), une petite lick de guitare six cordes, batterie doom, malaise au maximum puis on enchaîne sur une ambiance poppy, malsaine, déroutante. Une pure merveille de rythmique, de mélodie et un groove infernal lors de l’outro à la basse/batterie. Le bassiste passe en jeu aux doigts sur ce passage. C'est la parfaite sortie de concert, version paroxysme.

Je me suis régalé de bout en bout. Quelle maturité dans les compos et quelle maîtrise dans l’exécution. Pour moi Leprous est LE groupe du moment. Ils apportent au metal une touche de nouveauté sonore que je n'attendais plus. Si vous ne les connaissez pas encore, intéressez-vous y en laissant vos préjugés de côté et en vous laissant conquérir par une qualité de composition et exécution dure à trouver.

Setlist de Leprous :

01. Bonneville
02. Stuck
03. The Flood
04. The Price
05. Illuminate
06. Leashes
07. Red
08. Rewind (short)
09. Slave
10. Salt
11. Malina
12. The Weight of Disaster
13. From the Flame
14. Mirage