Aux Portes Du Metal

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EUROPE "Come This Madness", ANTHRAX "Cursum Perficio", IMMINENCE "Axis Mundi", FROZEN CROWN "The Legend Of The Six Kings"

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le 28 septembre 2026.

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Groupe:

Anthropologue - Photographe

Date:

27 Juillet 2026

Interviewer:

JeanMichHell

Interview Corentin Charbonnier

Bonjour, merci de prendre du temps pour nous répondre. Pourriez-vous vous présenter ?

Bonjour, Merci à vous pour l’intérêt porté au projet d’exposition. Je m’appelle Corentin Charbonnier, je suis anthropologue de formation, maître de conférences en marketing, chercheur dans différents projets interdisciplinaires - pour la partie universitaire, et sinon je suis musicien, mais surtout photographe, programmateur, attaché de presse et ma grande passion reste de faire des expositions allant des toutes petites salles du CCJC Jean Carmet, en passant par la Firemaster Convention, la Philharmonie de Paris avec Milan Garcin et la team Fortifem/La Sagna-Racine, Christian Lamet et Jean-Pierre Sabouret, et maintenant à Rochefort à la médiathèque de la Corderie Royale.

Qu’est-ce qui vous a conduit, à l’origine, à étudier le Metal sous l’angle anthropologique plutôt que musical ou sociologique ?

On répète souvent que les recherches sur le Metal sont faites par les metalheads. En anthropologie, ça me semblait à la fois évident et indispensable, car sinon tu n’accèdes pas aux données de la même manière. Pour faire simple, j’étais déjà au préalable musicien, passionné de Metal, et dans différentes structures (associations, radios…) et j’avais dit : si je me lance dans une thèse, je la ferai sur un sujet qui me passionne.

En quoi votre immersion au Hellfest a été un atout dans votre approche ?

Le Hellfest, pour moi, cela remonte au Fury 2003 à Rezé, par le biais d’une amie, Marie, qui habitait près de Nantes alors que nous faisions nos études à Angers… Nous avions déjà une émission radio, un petit média et je n’ai jamais lâché le festival : créer un festival dédié au metal en France, dans ce contexte sociopolitique, c’était un pari risqué et un cas unique à étudier. Pour étudier le Hellfest, il y avait de multiples angles possibles, certains chercheurs l’ont d’ailleurs étudié en étant plus distancié. A mon sens, il fallait se confronter à la fois au public, à l’économie de cette scène, aux groupes, aux organisateurs pour avoir une approche multifactorielle, et comprendre cette organisation. En étant à la fois en presse, en contact avec les artistes pour les questionner sur la place de l’évènement, pouvoir échanger avec les organisateurs, questionner le public, les stands… bref, c’est une chance incroyable qu’il fallait saisir et je remercie tous ces acteurs de m’avoir accepté, d’avoir partagé. Aujourd’hui encore, j’ai la chance de pouvoir travailler avec le Hellfest, l’étudier, avec l’équipe de chercheurs du Hellfest Lab, avec une confiance qui reste intacte, c’est une chance inouie… Le Hellfest et le Motocultor sont assurément deux terrains que je n’ai pas envie de lâcher, ni les festivals, ni leurs équipes… Il ne faut pas oublier que les chercheurs n’ont que très rarement accès à ces terrains et dans ces conditions, et, parfois, il est compliqué de légitimer notre présence, c’est aujourd’hui chose faite, et je l’espère avec encore de très belles années de collaboration.

Comment voyez-vous l'évolution du monde du Metal entre le jour où vous avez découvert Ride The Lightning et aujourd'hui ?

Je pense que je suis devenu vieux avant tout et que certains styles ne me touchent pas/plus. J’ai découvert RtL en 1994 (il avait déjà vécu), désolé, je suis de 1983, avant, c’était compliqué, à trouver, ou autre, par hasard. Et cette question fait sens alors que je rentre à peine d’une date avec Soulfly où était présent Richie Cavalera, le fils de Max et Gloria et chanteur d’Incite. L’inscription à l’arrière de leur tee-shirt c’est “No gimmicks, no triggers, no backing tracks, just Metal”. Je suis assez proche de leur philosophie, on en parlait avec Max et Richie, la pyro, les effets visuels… ça oblige à jouer au click, mais on perd de facto en spontanéité… Ca reste une vision qui me parle et dont je me sens assez proche, ça n’empêche que j’adore découvrir des nouveaux sons, genres… J’aime autant les anciens Gaerea - Coma - Mirage - Limbo que le nouveau par exemple - Loss… écouter un son de Wargasm que j’affectionne également, même si j’ai tendance à rester bloqué Death/Black/Thrash/Hardcore…

Après d’un point de vue pragmatique, notre famille musicale a plus de 55 ans… il est normal qu’il y ait de tout et des évolutions… Tu peux trouver certains sous-genres à ton goût d’autres non, il y en a pour tout le monde et toutes les générations. Ce n’est pas l’évolution de la musique qui me questionne, mais plutôt sa consommation, car comme je l’écrivais, en reprenant Monneyron : nous sommes des consom’acteurs dans le metal autant acteurs que consommateurs… Et dans cette logique, nous observons une forme de “normalisation” de la consommation de la musique, de la culture, d’accès à l’information… S’il y a des influenceurs metal, il y a des consommateurs d’influenceurs, c’est la même logique que de hurler face à certaines émissions de télé généralistes : cela existe car il y a des consommateurs de ces programmes. Donc notre scène change, en bien, en mal? Il faudra l’analyser dans quelques années, c’est encore un peu tôt, même si on a quelques chiffres sur des évènements medium de l’impact de ces nouveaux médiums de communication sur les ventes (et teasing - c’est pas ça qui fait vendre quand tu es sur des niches metal encore plus quand c’est old school). Ca existera donc tant qu’il y aura des consommateurs : tu n’en veux pas, n’en regarde pas, tu en veux, consomme.

Après, ce qui me questionne, c’est l’accès à l’information et sa réception : je suis du mieux possible ce qui se fait, je me questionne sur le fait que pour avoir la météo d’un fest et le fait de devoir mettre de la crème solaire, on en soit rendu à avoir des contenus de ce type. Si je pense qu’il est utile d’amener une gourde sur un campement en festival, je l’amène, je ne vais pas la regarder ou attendre un conseil de quelqu’un qui y est arrivé il y a 2 / 3 ans. Idem pour les danses, dois-je être initié par quelqu’un qui se filme et me donne les bonnes pratiques ? Et enfin, cas plus spécifique, vu le nombre de contenu résumé en 10 sec, est-ce un accès à la culture? Quand tu vois ce que Hardforce m’a appris depuis 30 ans, ce n’est pas en checkant des 30 sec que je vais avoir autant de connaissances… Je cite Hardforce par sa longévité et sa qualité, mais je pourrais enchaîner avec de nombreux autres médias papiers comme Metallian, des webzines comme Hexalive, W-fenec et bien d’autres… C’est une vraie question de fond à long terme, je ne sais pas si les contenus disons chatgpt vont finir par remplacer les ouvrages, médias dans la scène metal mais encore une fois on verra dans quelques années où nous en serons et pourront en faire une vrai analyse.

Comment êtes-vous passé de la recherche "académique" à la création d’expositions ? Qu’est-ce que ce format vous permet de transmettre différemment ?

Le déclic a été à la fin de ma thèse. Souvent les chercheurs écrivent un livre qui reste dans les bibliothèques et auprès d’autres chercheurs. J’avais déjà préféré à l’époque sortir ma thèse en format livre à moindre coût (17€) pour pouvoir rendre la culture accessible, en maintenant un cahier photo couleur… Pour moi la culture doit être et doit rester accessible. Je comprends totalement que se taper 3 jours de colloques universitaires ne soit pas au goût de tout le monde et il y a 2 missions derrière les expos : rendre accessible la culture metal tout en ayant un discours intelligible et construit, valoriser les acteurs de cette scène, qu’il soit artistes musiciens, artistes plastiques… nous avons des artistes tellement talentueux…

Pour moi l’expo est aussi un moyen de faire rentrer les acteurs Metal dans les musées, de proposer une expérience mêlant passionnés et néophytes, favorisant l’acceptation d’une culture différente… Je ne dis pas que le Metal doit devenir mainstream et finir dans les boutiques de prêt à porter, mais il ne faut pas non plus négliger l’apport artistique de cette scène et ses interstices avec les autres formes d’art : contemporain, cinéma, dessin, photographie, peinture, gravure, sculpture, BD…

Pouvez-vous nous présenter ce qui attend les visiteurs de l'exposition : "Tout n'est pas sombre ?" Comment le choix de Rochefort comme lieu d’ancrage pour cette exposition s'est-il fait ? Qu’est-ce que ce territoire apporte au propos ?

Je vais mixer tes 3 questions dans cet ordre. Et bien, Tout n’est pas Sombre est un nouveau projet. Rochefort c’est une histoire assez folle… Déjà j’ai été contacté par Christophe Pineau qui s’occupe de la salle Le Clos à Rochefort, passionné de metal, acteur local, programmateur. Ce dernier est monté à Paris avec son directeur de l’éqoque. Ils avaient adoré l’expo Metal Diabolus In Musica à la Philharmonie de Paris, malheureusement la délocaliser à Rochefort était impossible : place, prix, prêts… Mais nous n’avons pas lâché l’idée, et Charlotte Couturier et Sébastien Dias à la médiathèque ont été d’un soutien sans faille. De ce fait, j’ai de suite souhaité proposer non pas une version “réduite” de la Philharmonie où j’avais plusieurs de mes pièces présentées, mais proposer un nouveau projet, concept, unique, mais toujours avec une équipe de spécialistes, d’amis et de professionnels en qui j’ai une confiance absolue. Car si porter une expo de cette envergure est un gage de confiance de la part de l’agglomération de Rochefort, c’est aussi une pression importante et parfois des doutes, j’ai besoin de pouvoir compter sur l’équipe, et d’avoir des garde-fous prêts à me dire “Co, tu déconnes”.

Donc, on reprend dans l’ordre : les Fortifem pour l’affiche et le graphisme, Milan Garcin cette fois-ci comme conseiller, avec Christian Lamet, également, à nouveau en conseiller. On a eu la chance de créer cette dream-team avec la Philharmonie, je fais au mieux pour la garder, je suis chanceux de les avoir, l’inverse est peût être moins vrai avec mes idées farfelues. Il faudra leur demander. Aller dans le local ensuite, c’était important, je viens du semi-rural français, où la scène est différente de celle de Paris, et chaque agglo a ses particularités. N’étant pas de Rochefort, je me suis appuyé sur Christophe Pineau et ses amis de longue date qui m’ont proposé plusieurs archives qui ont été sélectionnées et qui seront présentées sous vitrine.

Comment avez-vous sélectionné les artistes et les œuvres ? Quelles formes artistiques vous semblaient essentielles pour représenter la pluralité du Metal ?

Quand tu montes une expo ainsi, l’intérêt c’est déjà de voir le lieu et ses particularités pour adapter, cela permet de penser la scénographie générale et anticiper les contraintes d’un lieu historique comme la Corderie Royale. Ensuite tu regardes aussi le budget de ton expo voir ce qui est possible et voir ce que tu as dans l’existant et dans les contacts avec qui travailler. Puis après, tu creuses pour avoir un vrai projet, un discours, des sections, des partis-pris. Je ne citerai pas les détracteurs d’une précédente exposition : moi j’aurais fait ça… c’est facile, mais quand tu n’as jamais mis ou fait une exposition, et que tu ne connais ni les contraintes, ni les enjeux, c’est aussi simple que de ne pas être sensible à un groupe. Pour cette expo, les artistes qui me plaisaient à présenter et dont les valeurs faisaient écho aux miennes abordaient tous la mort et la nature à travers leurs productions, et que ces thèmes étaient centraux pour une part de la scène Metal.

On aura quelques disgressions, mais la quasi-totalité de l’expo aborde ces thématiques. Je n’oublie pas que la Philharmonie a été une carte de visite intéressante pour recontacter les artistes qui savaient notre sérieux, de ce fait, j’ai sollicité beaucoup d’artistes en leur demandant des images de leurs productions pour ensuite faire des choix, chiffrer, organiser, scénographier et lancer la production. Nous sommes fin juillet, presque tout est arrivé, les dernières impressions sont en cours… Il y aura du stress jusqu’à l’ouverture, mais le résultat sera, je l’espère, à la hauteur des attentes des visiteurs et de la confiance de mes artistes prêteurs. Nous avons des beaux partenaires : ESP Guitars via Algam et donc des micros Shure, Hellfest, Motocultor, Firemaster pour les festivals, Hardforce en média, ainsi que Noire Bzh, Distrolution et Vortex Corner pour les impressions, 5BAM Management pour les liens à certains artistes…

Vous retrouverez donc des productions originales faites pour l’expo (Kaï de Heilung par exemple), des objets ayant appartenu à des groupes (Rachel Aspe, Barbara Mogore, Gaerea, Benighted, Impureza, Gojira, la famille Cavalera … et j’en passe histoire de vous laisser la surprise), les artistes graphiques : Chloé et Lullah Trujillo, Fortifem, Vincent Fouquet/ Above Chaos Vaderetro, Lucile Lejoly, E. Kantor, Z.Bielak, Eva Hagen, Gala Jenkins, Olivier Ledroit, Vorace, Seth Siro Anton, Gabbie Burns, les photographes : Ester Segarra et Lisa Brault, les artisans de Flibustier Paris… pareil, je ne fais pas tout le détail mais je commence à pousser les murs… Et je vais forcément en oublier, ce que je déteste. Comment j’ai sélectionné ? Leurs qualités d’artistes et le lien aux propos de l’expo… et bien sûr la capacité à travailler ensemble… L’important était aussi de montrer des artistes institués et des artistes plus underground, afin de participer à cette scène, mettre en lumière les incontournables et les artistes de demain.

Selon vous, pourquoi le Metal reste-t-il une culture souvent mal comprise ? Comment l’exposition contribue-t-elle à dépasser ces clichés ?

Si notre culture est mal comprise, c’est que nous continuons à jouer avec aussi. Le discours ambiant nous place souvent dans les cases de marginaux, mais nous jouons aussi en quelque sorte avec cette marginalité culturelle : entre acceptation et refus d’être totalement accepté. On reste une culture qui ne sera jamais fédérée, quoi qu’on en dise, car elle est trop vaste et multivariée pour être rassemblée sous une seule et même bannière. Aujourd’hui on tire encore sur le Metal dès qu’il y a un fait divers, comme si c’était représentatif de l’ensemble ou constitutif de cette culture, ce qui est un choix inquiétant. Il est plus simple de discréditer que d’agir pour améliorer, d’énoncer les bonnes pratiques corporate que de comprendre et d’expliquer la / les différence(s). Bien sûr que les médias jouent un rôle singulier quand ils ne parlent de Metal que sur un cas inacceptable qui n’est pas représentatif, ou nous montrent comme des gentils écolos car ils ne connaissent que Gojira depuis les JO, ou juste bon à montrer nos fesses…

Et on ne peut pas attendre des journalistes généralistes d’être bon partout, donc si l’article pour ton événement en première année n’est pas bon, peut-être faut-il fournir un peu plus de contenu pour accompagner. Le Metal est assimilable à une très grande famille élargie, pas que nous soyons tous une famille, mais dans le sens où t’as le tonton infréquentable tout seul dans un coin, deux trois anciens qui sont nos mythes fondateurs (Ozzy, Lemmy, James, Ian, Max… et on met un peu ceux que l’on souhaite aussi), des personnes que l’on ne revoit qu’une fois par an aux fêtes de famille (un Hellfest, un Motocultor)... bref, c’est trop large pour être généralisable, et quand tu limites le discours en 30 sec, 10 lignes, c’est le même combat tu prends des raccourcis, tu fais des généralités… je vous renvoie vers Bourdieu sur la télévision… généralement, ça s’applique pas mal au Metal. et puis, aujourd’hui il faut faire le buzz, que cela soit sur un fait divers ou un truc hors sol, c’est ça qui fait vendre ton article à 1€… donc on stigmatise, ça fait poper, réagir, râler, de l’engagement en quelque sorte et des sous pour celui qui vend… On restera toujours un peu stigmatisé en France, car on a aussi une part de la scène qui n’a pas envie de vendre son âme en cotisant à une structure qui ne défendra que ses intérêts, à une organisation qui n’est pas réellement démocratique, ou qui utilise son réseau d’influence pour asseoir sa vision sans concerter l’ensemble. Ça engendrera forcément un rejet de la part de ces structures, et les acteurs, parfois aussi pour s’éloigner, joueront encore avec les normes, amenant à de nouvelles représentations sociales sur notre culture.

L’exposition n’a pour but que de valoriser les artistes, ce sont eux les plus importants… leur art, cette âme qu’ils mettent dans leurs oeuvres… les donner à voir, ça m’éclate, c’est un peu comme la programmation d’un fest, quelle est ta DA? Qu’est-ce que tu veux donner à voir et quel sens cela prend ? Ce sont toutes et tous des artistes que j’estime, respecte et me touche par leur pratique… ils méritent tous d’être vus par des passionnés mais également par des néophytes. L’expo a la particularité d’être accessible à tout âge, au regard d’être dans une médiathèque tout public, donc nous ne sommes pas dans une expo que de puriste, elle aura un cadre apaisant d’une part où tout le monde, je l’espère, trouvera à voir ou revoir des oeuvres audacieuses. Si tu veux dépasser les stigmatisations liées à notre culture, tu dois montrer ces artistes, tu dois montrer qu’il y en a qui sont particulièrement accessibles, d’autres peut être moins, montrer la diversité des formes artistes employés et déployés, avoir une idée, un discours et des partis pris. J’ai sélectionné, dans les limites budgétaires et éthiques, les groupes présentés, j’ai essayé d’avoir une parité genrée aussi dans ce que nous présentions, car si nous avons historiquement plus d’hommes sur scène, dans les artistes graphiques, il y a de nombreuses femmes qui excellent et qu’il me semblait important de mettre en lumière. On est en 2026, l’expo a quand même cette envie de montrer la diversité de la scène à tous les niveaux, genre, type de productions, type de Metal, parler de nature et d’environnement… parler de mort et de finitude… soutenir la scène, ses acteurs impliqués et impliquants, permettre aussi aux plus jeunes de venir, car ils seront la génération Metal de demain… la première généraiton qui grandira sans les mythes fondateurs qu’on a eu la chance de voir (Ozzy, Lemmy, Dio, Lou Koller hier…)... bref, les expos commencent aussi à remplir une mission de devoir de mémoire…

Comment voyez-vous l’évolution de la culture Metal dans les années à venir ?

Je ne suis ni prophète en mon pays, ni devin. Je ne suis rien de plus qu’un metalhead dans un vaste ensemble, je ne vais pas te faire une aot ethno biographie pour démontrer l’important du vécu et prédire le futur. J’ai des petites hypothèses liées aux recherches menées… mais encore plein de choses à aborder. Le Metal est une culture tellement vaste… je pense que le Metal est bien plus présent dans nos sociétés que nous le pensons. L’étude menée avec Emilie Ruiz pour le Metal Social Club démontre que les personnes dans la tech écoutent du Metal régulièrement et ont des pratiques liées… Je pense que nous aurions d’autres surprises si nous continuions avec d’autres secteurs professionnels. Ensuite, je note qu’il y a une attention portée sur notre culture comme rarement nous avons eu au préalable : un effet 2024 Hellfest/Philha/JO qui a attiré un nouveau public, des nouveaux passionnés, des personnes intéressées, cela va permettre une nouvelle diversité. Du côté des plus jeunes, on observe une normalisation autour des scène deathcore/metalcore qu’ils nomment modern Metal, avec de plus en plus de lien à la musique électronique et rap, avec les mêmes pratiques commerciales et de consommation, amenant à une forme de mainstreamisation de la scène. Cela amène à des nouveaux questionnements et surement à des nouvelles scissions… mais après tout, cela a déjà existé avec le Nu-Metal il y a 30 ans, on observe un phénomène cyclique. L’économie de la scène a beaucoup changé, on voit une chute des petites scènes (Michelet - sick), des petits labels (Frozen Records - sick)... bref, ce sont ces acteurs qui participent à la diversité, et il y a donc peut être une forme d’inquiétude à avoir face à ce phénomène. Heureusement on a encore des super labels en France : Verycords, Season Of Mist, Debemur, LADLO…

On observe aussi une forme de consommation de plus en plus importante de “concert unique” à des prix importants : SOAD, Guns’n’Roses… ce qui est questionnant surtout que la plupart des concerts sont souvent entre les mains d’une poignée d’acteurs. Enfin, si une part de la scène est concernée par des nouvelles sensibilités, ou du moins des sensibilités qui sont plus apparentes aujourd’hui, telles que l’écologie (je ne parle pas des violences, cela devrait être une évidence à notre époque), je me questionne sur les actes qui en découleront, tant du côté groupes, que du côté festivaliers (optimisation des tournées pour les groupes et baisse des produits polluant, organisation des concerts pour les passionnés, pour éviter l’une des premières formes de pollution des festivals et concerts - les déplacements de population). Car si aujourd’hui il y a un discours, les actes ne sont pas encore toujours en adéquation. Et pour autant il faut saluer ces prises de position, sans pour autant occulter les pratiques, telles que la pollution numérique (publications intempestives sur les RS). Enfin, cela m’amène à questionner la médiatisation de la scène, préalablement abordée : si depuis 45 ans, nous avions des journalistes et photographes plus connus pour leurs contenus que leurs visages, la tendance actuelle semble aller à s’inverser. Se mettre en scène dans notre post modernité devient une attestation de soi, un moyen d’exister, de générer une forme d’unicité de sa propre existence, amenant à de nombreux questionnements sur l’identité de soi, pour soi…

À titre d’exemple dans l’expo, il me semble impossible à ce jour de présenter des photomontages Instagram de photographes pourtant avec une identité qui leur ait propre, mais peut être que j’ai un côté vieux jeu à ce sujet, ce n’est pas de l’image artistique qu’il me semblait nécessaire de mettre dans une exposition et pour faire de la photo, je savais aussi que cela allait être galère à imprimer en format exposition… cela changera peut-être voire surement. Chez certains acteurs, on observe du vocabulaire bien éloigné de leur signification première : des journalistes sans carte de presse, alors qu’il n’y a aucune raison d’avoir honte d’être journaliste amateur, on a tous fait des radios associatives, des fanzines… tout le monde ne peut pas faire la carrière ni avoir les connaissances de Francis Zegut, des photographes “pro” alors que la plupart n’en font pas leur activité principale (et à raison vu la difficulté actuelle), des enquêtes ou recherches, menées par des personnes qui n’ont aucune méthodologie… Ce n’est pas que propre à la scène Metal, mais nous avons les mêmes travers que le reste de la société, une forme de normalisation qui nous amène à nous questionner : risque t-on nous aussi d’avoir des essayistes intervenir tels des experts géopolitiques et économiques de la scène Metal alors qu’ils vivent grâce à des subventions publiques (à défaut de subventions européennes) qui devraient plutôt servir aux petits acteurs ? Et de ce fait, ne risquons pas d’avoir des conflits au sein de la scène ?

Un mot pour conclure ?

Eh bien, c’est un vaste sujet, mais reconnaître ses compétences et ses manques, n’a plus l’air d’être une prérogative pour se positionner. Je ne me verrai pas faire de recherche sans tous les compères : Pascale Haag, docteure en sciences de l’éducation et en psychologie avec qui nous menons une recherche action sur Metal et Océan avec l’EHESS, Céleste Rousseau, docteur en biomécanique avec qui nous menons des recherches sur la santé des musiciens, mes collègues docteurs en sciences de gestion et du management Emilie Ruiz et Romain Gandia, pour les immenses apports en stratégie, Thomas Sigaud et Lise Bodin, respectivement docteur en sociologie et doctorante en anthropologie, pour leurs apports en sciences sociales, combinés à tous les acteurs de terrain avec lesquels nous travaillons : Cindy Pajot, Eric Perrin, Romain Le Discot, Yann Le Baraillec, Joffrey Deriaud, Lisa Brault, l’équipe de documentaire : Jérémy Jouaud, Rémy Gayda, Marc Le Bouler, Pierre Caron… Je ne peux pas tous les citer mais c’est grâce à toutes ces personnes que je fais de la recherche et de la valorisation.

Et côté exposition, Milan Garcin est un formidable historien de l’art et conservateur, avant tout devenu binôme de choc, Christian Lamet un des fins limiers de la plume de ces 30 dernières années qui a façonné ma culture Metal, Fortifem des artistes exceptionnels (sans dénigrer les nombreux autres illustres artistes de l’expo), ce serait trop simple de dire je fais : je fais avec et grâce à eux ! J’ai beaucoup trop parlé, j’ai hâte que vous découvriez leurs travaux à tous, du côté recherche et du côté exposition, et je les remercie tous, ainsi que les partenaires et artistes, chaleureusement pour leur implication et soutien dans les différents projets, car restant un fan de Metal avant tout, dans ma petite tête de gosse ayant découvert le Metal à 11 ans, je ne me serai jamais imaginé faire tout ça, ni rencontrer des personnes aussi passionnantes et les artistes qui ont bercé mon existence!

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