Groupe:

European Metal Festival Alliance

Date:

7, 8, 9 Août 2020

Lieu:

E-Festival

Chroniqueur:

Didier

Comme vous le savez tous, cette année tous les festivals de metal et de musique en général, ont été annulés. Je viens d’apprendre que la vague d’annulations atteint aussi les dates prévues en automne comme le Ready For Prog? de Toulouse. J'ai la haine, j'ai les boules, certes, mais maintenant qu’est ce qu’on fait, à part se plaindre ? Une initiative originale a vu le jour sous la forme d’une alliance de festivals annulés : l’European Metal Festival Alliance (EMFA). Treize festivals indépendants de toute l’Europe se sont alliés pour proposer un festival en streaming les 7, 8 et 9 août. Les festivals impliqués sont :

- Alcatraz (Belgique)
- ARTmania (Roumanie)
- Bloodstock (UK)
- Brutal Assault (République Tchèque)
- Dynamo (Pays-Bas)
- Into The Grave (Pays-Bas)
- Leyendas Del Rock (Espagne)
- Metal Days (Slovénie)
- Midgardsblot (Norvège)
- Motocultor (France)
- PartySan (Allemagne)
- Resurrection (Espagne)
- Summer Breeze (Allemagne)

Le prix des tickets est symbolique et a été fixé à 6,66 Euros (yeah!) pour trois jours de contenu, de midi à minuit. L’affiche est constituée de contenus inédits, à savoir :

- des sessions live enregistrées spécifiquement pour l’évènement par les groupes ;
- des sessions live inédites captées pendant un des festivals partenaires généralement en 2019 et pas encore disponibles sur DVD ;
- Des interviews.

Ces sessions sont entrecoupées de clips de promotion des treize festivals et de quelques pubs d’entreprises partenaires (EMP). J’avoue que certains de ces clips donnent vraiment envie d’aller tester des festivals à l’étranger (Allemagne, Slovénie ou Roumanie) et de coupler ça avec quelques jours de vacances pour découvrir les environs.

L’achat du billet est instantané (carte bleue, Paypal) et un code est fourni en retour, ce code permet ensuite de rentrer sur le site (web) du festival. Là encore, c’est instantané (pas de fouille à l’entrée). Lors de l’achat, on peut spécifier quel festival on souhaite aider financièrement et j’ai choisi le Motocultor qui était le seul auquel j’avais déjà assisté (et par pure franchouiardise). Des bundles t-shirt + tickets sont disponibles, j’ai hésité, puis dimanche soir, pris de remords, j’ai aussi pris un t-shirt. J’ai bien aimé leur design et le logo “rebooting in 2021”. Une fois sur site pas grand chose, à part la boutique de merchandising du festival (pourquoi pas celle des artistes ?), une section pour les replays qui sont mis à disposition quelques minutes après la fin de la journée passée. Il y a aussi un système de tchat assez basique qui permet aux fans d’échanger. Je remarque plusieurs fois que certains groupes ont aussi joué le jeu et ont répondu à des questions les concernant. C’est bien, mais ça pourrait être encore plus poussé (visio, press conférence, …). Enfin, on trouve une section de concerts bonus, avec pas mal de sets d’artistes captés pendant des festivals (Dee Snider, Battle Beast, Terror, Thy Art Is Murder et une quinzaine d’autres) et une section interviews, avec pas moins d’une vingtaine d’interviews réalisées dans les médias des pays participants ou bien réalisées pendant le confinement.

J’avoue que j’ai passé de très bons moments et découvert des groupes que je ne connaissais pas trop. J’ai raté la journée de vendredi mais les concerts sont disponibles pendant 48h en replay (un peu court quand même) sur le site du festival. Dans le live stream, on peut voir le nombre de connections que j’ai vu osciller entre 1 200 et 2 000, ce que je trouve assez faible pour un évènement planétaire (même si la promotion et les horaires sont européens). Autre avantage, la production affiche le titre de chaque morceau dans un coin de l’écran, j’aime bien.

Parmi les meilleurs moments ratés, le vendredi, mais vu en replay je noterais Dirty Shirt. Les Roumains ont choisi d’enregistrer un set complet, excellent et mettant l’accent sur leur dernier album Letchology. Le groupe est au complet avec pas moins de treize personnes sur scène (violon, clarinette, flûte, choristes). Le son est excellent, les deux chanteurs bien en voix, le savant mélange de musique traditionnelle et de bons gros riffs fonctionne à merveille. A revoir sur scène absolument. Autre bon moment, le set d’Alien Weaponry. J’avais pu assister au set du groupe néo-zélandais de thrash lors de leur passage au dernier Hellfest, j’avais même pu les interviewer. Eux proposent ici un set live capté lors d’un concert passé. Ils avaient pour l’occasion fait appel à un groupe qui réalise un haka caractéristique lors de leur entrée en scène. J’aime toujours bien ce mélange de thrash metal et de chants maoris. 

Le samedi, la chaleur aidant, je suis resté avachi devant ma télé quasiment non-stop. J’utilise un ChromeCast pour caster mon PC sur le grand écran du salon, lui-même connecté à ma chaine HiFi, donc son et image sont très bons, au final le moins confortable à la longue, c’est mon canapé. Ça reste grand confort par rapport à l’expérience Festival. Bien sûr, l’ambiance n’est pas au rendez-vous. D’ailleurs, ça choque assez quand les groupes (qui ont fait l’effort d’enregistrer un set complet) s’arrêtent entre deux morceaux : c’est le silence absolu. Les pauvres !! Ils essayent de faire comme si, “Hello online people”, “How are you doing?”, “Thanks for watching”, “What are you guys drinking?” Et même entendu “Time for a circle pit in your living room”. Compliqué tout ça. Tous nous donnent rendez-vous en live en 2021. On l’espère. Pendant ce temps, le site web propose quelques options pour échanger, en tchat, les commentaires pleuvent, pas toujours très intéressants, mais bon. Sinon, le festival propose d’envoyer des photos de vous (et vos potes) en train de mater le festival. Il y a même des pass 2021 à gagner. Sur le tchat, je note que, dans certains cas, les groupes répondent aux commentaires, c’est sympa.

Le samedi, j’ai donc découvert des groupes que je ne connaissais pas du tout et que j’ai bien aimé comme Nytt Land, Deserted Fear et Heidevolk. Les premiers ont enregistré un set particulièrement soigné visuellement, distillant un folk nordique de classe (et une reprise de Rammstein). Le set de Deserted Fear était un set joué lors du Summer Breeze 2019, il me semble. C’est pas le genre de musique que j’écoute habituellement (pas fan de ce type de chant) mais j’ai bien aimé leur énergie et passé un très bon moment. Autre découverte, Heidevolk, qui a enregistré un set spécifique dont le son n’était pas exceptionnel, mais dont j’ai bien aimé l’ambiance et l’alternance des voix des deux chanteurs. Mais la plus grosse surprise fut pour moi le fait que j’ai vraiment aimé le set d’Avatar alors que je partais très pessimiste, ayant déjà vu et peu apprécié leur passage au Hellfest. C’était leur prestation lors du passage en tête d’affiche au Alcatraz 2019, du coup c’était aussi la tête d’affiche de ce samedi. Gros show des suédois, de la part de leur fantasque chanteur/joker, mais aussi des autres musiciens, tous grimés et bien en place musicalement. Dans la foule c’est un parterre de fans inconditionnels, souvent maquillés en joker, qui chantent les refrains à tue-tête. Le show commence et se termine par un feu d’artifice au-dessus de la scène. Du gros spectacle à la Alice Cooper ou Kiss, le headbanging en plus et dans un registre musical différent que je commence à bien apprécier.

Le dimanche a été plus compliqué pour moi, pas trop dispo en soirée. J’ai pu quand même, dans l’après-midi, découvrir le groupe slovène Sky Eye dans un style très Iron Maiden old school, qui m’a bien impressionné (notamment le chanteur très proche d’un Bruce Dickinson rajeuni de trente ans).

Je ne connaissais pas non plus le groupe de stoner roumain, Roadkill Soda, que j’ai pu découvrir pour l’occasion. Dans un cas comme dans l’autre, les groupes avaient enregistré des sets spécifiques pour l’occasion. Entre deux concerts, on a pu aussi découvrir le groupe Sky Eye dans sa ville de Lubiana et jusque dans leur antre de répétition. Le groupe vantait les mérites du festival Metal Days, organisé dans leur pays et c’est vrai que ça donne envie aussi. J’ai pu aussi assister au set des niçois de Svart Crown qui avaient enregistré une session très esthétique. Je ne suis pas apte à juger le set, mais les commentaires dans le tchat étaient très bons, notamment d’étrangers complètement ignares en metal français. C’est plutôt bon signe.

 

J’étais par contre beaucoup plus fan de la prestation de Kissin’ Dynamite que j’apprécie depuis quelques années. Là encore, le set a été enregistré par le groupe exprès pour l’occasion. Johanes, le chanteur, parle entre les morceaux de la situation actuelle et explique être ravi d’avoir pu jouer en 2020, même dans une salle vide et que pour eux c’était inespéré et que c’est un bon moyen pour eux de montrer à leurs fans qu’ils sont bien là et qu’eux aussi souffrent de la situation.

Le bassiste arbore quand même un beau t-shirt “Bring back stadium Rock”, qui résume bien ce que nous espérons tous.

Je remarque que si certains groupes ont enregistré des sets dans des studios ou des petites scènes locales, les Allemands bénéficient d’une super scène avec lumières et multiples caméras, le tout fourni par le Summer Breeze Festival. Tiens donc ? Ça fait tilt dans mon esprit. Et si on tenait là un nouveau moyen pour les artistes de toucher leurs fans ? Si on regarde ce qui se passe dans le domaine du sport, ces dernières années on a vu apparaitre le concept (discutable pour certains) d’e-sport. On voit même aujourd’hui des clubs de foot professionnels ouvrir des sections e-sport, pourquoi le modèle ne s’appliquerait-il pas aux concerts et festivals ? Et pourquoi les grands festivals n’offriraient-ils pas aux artistes une plateforme pour enregistrer des sets diffusés lors des e-festival, en plus des festivals traditionnels ? La portée est mondiale, c’est peut-être un aspect à creuser pour l’avenir.

Je rate le set de Mass Hysteria, que j’ai pu mater en replay le soir même en rentrant. Là encore j’ai pu voir des commentaires de metalleux étrangers qui ne connaissaient pas du tout et avaient vraiment aimé le set des Mass. Le groupe est d’abord mis en scène au bord du golf du Morbihan, vu depuis un drone, surprenant ? Pas vraiment puisque le set est sponsorisé par l’office du tourisme du Golf du Morbihan. Bien vu les Mass ! Le set est effectivement atomique. Que tu parles français ou pas, comment rester assis dans ton canapé sur un morceau comme Reprendre Mes Esprits ou encore Positif à bloc, avec lesquels ils entament le set. Sur Nerf de Boeuf, Yann tombe le hoodie et nous sort une Gibson à la déco monstrueuse, blanche couverte de traces de sang : énorme ! C’est bien filmé, bien monté, il y a même des effets de montage (incrustations de logo MH, soldats qui marchent sur l’Enfer des Dieux, images vidéo). L’accent est mis sur le dernier album en date, Maniac. Ils terminent par un Tout est Poison absolument mons-tru-eux. Zero bla-bla (pas toujours le cas avec Mouss), c’est net, précis, puissant et irrésistible, comme toujours.

Orange Goblin a aussi choisi d’enregistrer un set spécifique tout à fait convaincant avec de bonnes lumières et de multiples caméras. Le son est aussi excellent. J’ai pu regarder la prestation en replay, c’est toujours du très bon stoner. Je les avais toujours ratés au Hellfest, donc bien content d’avoir pu voir ce set. John Ward, le massif chanteur du groupe nous incite, où que nous soyons sur la planète, à lâcher nos écrans de laptops et nous mettre debout “to get fucking crazy”. 

Sabaton propose son set de tête d’affiche du Bloodstock Open Air 2019 et clôture ce EMFA 2020. Je n’ai pu voir que les vingt dernières minutes et j’ai pu constater que le groupe était en forme et son chanteur en voix. Pour le reste, c’était du Sabaton, toujours fun à voir sur scène. Le stream s’est arrêté un peu brutalement alors que le dernier riff n’était pas terminé mais bon, on va pardonner aux organisateurs de cette première.

Au final, je trouve cette initiative assez intéressante, même si au départ j’avais de gros doutes. J’ai pris une bonne dose de musique live, ou e-live plus précisément. Etant un peu en manque de live, ça m’a fait un bien fou et finalement je me dis, comme je l’expliquais plus haut, que c’est peut-être une autre façon pour les artistes de toucher leurs fans et faire découvrir leur musique dans le monde entier. Ceci dit, il me semble que la participation n’a pas été énorme, faute peut-être aux vacances, la canicule ou le manque d’interêt pour le monde virtuel. Alors perso je dis oui, pourquoi pas, en complément des festivals physiques bien sûr. Je suis surtout convaincu par les groupes qui ont fait l’effort d’enregistrer un set pour l’occasion (pas mal d’entre-eux en fait), plutôt que de ressortir un set d’un festival passé (même si c’était un inédit) car tout simplement la spontanéité et la créativité est au rendez-vous. Et ce qui nous fait le plus défaut. Alors vive les e-concerts et les e-festivals !?

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