Artiste/Groupe:

Alcatrazz

CD:

Born Innocent

Date de sortie:

Juillet 2020

Label:

Silver Lining Music

Style:

Hard Rock / Heavy Metal

Chroniqueur:

Blaster Of Muppets

Note:

13/20

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Depuis une dizaine d'années, le nom Alcatrazz refait régulièrement surface (sous différentes formes, essentiellement pour donner des concerts et sortir un album live en 2017)... Mais ce Born Innocent est bien le premier album studio à voir le jour depuis le split du groupe en 1987 (le dernier opus, Dangerous Games, datant de 86). Ce retour marque la réunion de trois membres fondateurs : Graham Bonnet (chant) bien sûr mais aussi Gary Shea (basse) et Jimmy Waldo (claviers). A la batterie, Mark Benquechea (qui figurait sur le live de 2017) rempile et c'est un certain Joe Stump (pas totalement inconnu des amateurs de shredders néo-classiques) qui occupe le poste de guitariste. Quand on se souvient que Bonnet avait formé Alcatrazz en 1983 pour jouer une musique influencée par son séjour chez Rainbow et que le premier guitariste recruté pour l'occasion n'était autre qu'Yngwie Malmsteen, l'arrivée de Joe Stump tombe sous le sens (Blackmore et Malmsteen étant clairement les principales influences du monsieur). Petit résumé de la disco d'Alcatrazz pour ceux qui en auraient besoin : No Parole From Rock'n'Roll (1983) contenait son petit lot de hits et reste la référence du groupe, Disturbing The Peace (1985) accueillait un certain Steve Vai (venu remplacer Malmsteen qui avait préféré lancer sa carrière solo), s'éloignait un peu du style du disque précédent tout en conservant un certain attrait malgré un contenu plus inégal... et Dangerous Games (1986) sombrait dans un rock FM aseptisé manquant franchement de mordant, s'imposant comme l'album le moins intéressant de la formation (avec un guitariste, Danny Johnson, bien moins exubérant ou marquant que ses prédécesseurs). Au moment d'écouter ce Born Innocent, j'espère qu'il se rapprochera davantage du style des deux premières productions d'Alcatrazz que de leur troisième...

Les premières pistes ne laissent pas planer le doute une seule seconde : c'est bien le style heavy metal / hard rock avec prouesses guitaristiques à l'appui qui a été choisi pour ce quatrième opus d'Alcatrazz. Et on a beau avoir affaire à un groupe de papis qui jouent de la musique de papis (logique), on ne peut que constater qu'ils font encore preuve d'une belle énergie. Le démarrage constitué de Born Innocent, Polar Bear et Finn McCool fait dans le up-tempo bien entraînant avec de la prouesse guitaristique à revendre. On est sur du heavy speed mélodique certes classique mais bien fichu. Bonnet conserve (à 72 ans !) son timbre, son grain si caractéristique et chante encore assez haut (et avec puissance)... ce n'est pas toujours raisonnable, on le sent parfois un peu fragilisé mais, vu l'âge du monsieur, on est obligé de reconnaître que la performance n'est pas anodine. L'ensemble n'est pas bouleversant mais reste bien produit, rythmé et divertissant. Les mélodies sont plutôt agréables et les musiciens solides. Une petite pause hard mid-tempo avec la sympathique We Still Remember et on repart vers quelque chose de plus heavy et Malmsteenien avec London 1666. Je trouve ça un peu moins convaincant que le trio d'ouverture mais ça s'écoute. 

En parcourant le livret, on se rend compte que certaines pistes bénéficient d'un petit plus apporté par la contribution d'un élément extérieur au quintet présenté plus haut. En effet, Alcatrazz a convié pas mal de connaissances à participer à l'écriture de Born Innocent. Ainsi, la chanson titre a été composée par Chris Impellitteri (qui joue également dessus et ça se sent, la compo porte indéniablement sa patte). Finn McCool est un morceau de Nozomu Wakai (Destinia) et lui aussi est venu gratouiller (avec virtuosité) dessus. Et c'est également le cas de la prochaine chanson qui nous intéresse : la réussie Dirty Like The City aisément identifiable comme création de Steve Vai (qui n'a fait que composer, lui... c'est Stump qui joue - très bien, soit dit en passant - dessus). Ce titre fait dans le bon hard des 80s, mélodique et enlevé (il n'est d'ailleurs pas interdit de penser au style arboré par Vai lors de ses années passées avec David Lee Roth). 

La deuxième moitié du disque est - à mon sens - plus inégale que la première et fait que l'album commence à sembler un peu long. On y trouve cependant quelques petites choses intéressantes et la volonté de proposer un disque varié est manifeste. Vous aurez du hard/heavy composé par Bob Kulick (I Am The King, très classique, The Wound Is Open, plus moderne mais au refrain un peu agaçant), des chansons écrites par le guitariste Dario Mollo (Something That I Am Missing qui tend vers un hard plus progressif mais que je ne trouve pas très digeste encore à cause d'un refrain poussif et Warth Lane, plus posée et atmosphérique, avec un riff à la mélodie orientale), l'énergique Paper Flags (sur laquelle Jeff Waters d'Annihilator vient poser un solo), la heavy Body Beautiful (pas mal)... et une conclusion assez surprenante, For Tony, qui est un hommage de Bonnet à son grand-frère décédé récemment. Sur ce titre, vous n'entendrez que la voix de Graham (dans un registre plus émouvant) et des cuivres. 

Ce Born Innocent me laisse un sentiment un peu mitigé mais s'avère finalement assez intéressant quand on prend la peine de bien le creuser. Oui, il est imparfait, parfois poussif... il s'en sortirait sans doute un peu mieux avec une durée plus raisonnable (treize piste, cinquante-huit minutes, c'était peut-être un poil trop gourmand), Graham Bonnet étonne et m'impressionne tout en montrant parfois certaines limites... mais, pour autant, l'entreprise dégage un certain charme, une envie, une conviction et une énergie qui peuvent aussi faire mouche. Et il y a cette diversité que l'on doit au nombre d'intervenants mobilisés qui fait que, même si on n'aimera pas forcément tout, on trouvera différentes saveurs à se mettre sous la dent. Alcatrazz est donc de retour et ce n'est pas si mal. Le combo n'a jamais été un incontournable du metal et ce nouveau disque ne changera probablement pas la donne mais il est loin d'être ridicule et possède suffisamment de qualités pour intéresser les fans du groupe ou du style dans lequel il officie. Bonnet et ses acolytes sauront-ils défendre leur nouveau né (innocent) sur scène ? Réponse, si tout va bien, en septembre 2021 pour un concert au Forum de Vauréal (initialement prévu en 2020 mais bon, pas besoin de vous rappeler quelle période nous traversons) en compagnie de Girlschool


Tracklist de Born Innocent :

01. Born Innocent
02. Polar Bear
03. Finn McCool
04. We Still Remember
05. London 1666
06. Dirty Like The City
07. I Am The King
08. Something That I Am Missing
09. Paper Flags
10. The Wound Is Open
11. Body Beautiful
12. Warth Lane
13. For Tony

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