Aux Portes Du Metal

À venir

BEYOND THE STYX "Divid", CRIPPLED BLACK PHOENIX "Sceaduhelm", ARMORED SAINT "Emotion Factory Reset", THE MOON AND THE NIGHTSPIRIT "Seed Of The Formless", VANIR "Wyrd"

Prochaine mise à jour:
le 20 avril 2026.

Nous soutenir

La compil de l'année

Les albums du moment

Tous les coups de cœur

Communautés

Artiste/Groupe:

Astel

CD:

Aegis

Date de sortie:

Septembre 2026

Label:

Indépendant

Style:

Death Melo un peu Death Core

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Reconnaissez-le. Allez, nous sommes entre nous. On vous demande juste de le reconnaître, pas d’avouer sous la torture.

Vous vous ennuyez avec votre Death Melo de papa, n’est-ce pas ? Vous cherchez une bande-son pour accompagner votre crise existentielle du lundi, celle qui débute devant le réveil matin, se poursuit devant la machine à café du boulot et s’achève généralement après avoir entendu toutes les conneries du monde concentrées dans un bocal à cornichons ? Alors stoppez net cette fichue dépression, rangez immédiatement Verlaine dans son tiroir et branchez-vous sur Astel, alias les jeunes dingues du Death Melo français. Rien que pour leur existence, ça mérite déjà une inscription au Guinness Book de cette fin d’année.

Nés en 2025 dans les forêts toulousaines, les gaillards ont encore cette fraîcheur dangereuse des formations qui n’ont pas eu le temps d’être corrodées par l’usure du temps, les tournées interminables, les hôtels qui sentent la chaussette humide et les guitaristes aux egos volatils, dont la fiabilité se rapproche parfois dangereusement de celle d’une biscotte trempée dans le café.

Alors filons, direction Toulouse. La ville rose est probablement celle qui se rapproche le plus d’une cité scandinave dans notre beau pays, si l’on considère son charme nordique tout de briquettes revêtu... Mais surtout au regard du nombre de formations qui y pratiquent le seul Metal digne d’être chroniqué ici. J’appelle ainsi le Death Melo et le Black Melo, évidemment. Ne cherchez pas la logique, elle est déjà partie farter les skis.

Swan Banger à la basse, Emilie Guinaudeau derrière une batterie bien remontée et Hugo Legrand au chant, entre rage et sur-rage, forment le noyau dur. Autour d’eux virevolte une escouade de deux six-cordistes motivés et suffisamment énervés pour que le voisinage demande régulièrement des nouvelles de ses fenêtres : Nathan Vital et le valeureux Arthur Latouille, qui, malgré un nom improbable, foutent la trouille sans trembler.

Avec Aegis, Astel ne fait pas exactement dans la dentelle triple 0. On prend la recette du Death Melo finlandais, avec ses riffs précis, sa basse qui gronde comme une Volvo lancée dans une descente sans frein, ses refrains qui viennent s’accrocher au cortex et refusent ensuite de se déloger. On ajoute quelques touches modernes, du Core par-ci, du Prog par-là, et on obtient un brûlot qui n’a manifestement pas reçu le mémo lui indiquant qu’un premier album est censé avancer avec prudence.

Mais attention, hein. Je parle de modernité, pas de cette chose immonde qui consiste à coller une voix autotunée sur trois notes avant de fabriquer un refrain calibré pour TikTok. Ici, les sons restent bruts, les refrains ne sont pas taillés pour devenir accessibles à la première écoute et les guitares, bien produites, viennent faire la fête sans réclamer immédiatement les sunlights et le fauteuil du président. On frôle le Metalcore sur certains titres, on flirte avec le Prog sur d’autres et, parfois, on se demande même si l’on n’est pas en train d’écouter une compilation de plusieurs groupes. Un peu schizophrène, le disque ? Oui. Et c’est précisément ce qui le rend intéressant, presque attendrissant.

Il possède suffisamment de facettes pour qu’on n’ait pas l’impression de remettre le même disque en boucle au bout de trois morceaux. Et accessoirement, il permet de patienter jusqu’au prochain Be’lakor, dont l’attente toujours beaucoup trop longue commence à entamer dangereusement mes réserves d’antidépresseurs. Certaines pistes rappellent d’ailleurs furieusement les compositions de ces Australiens, ce qui, chez moi, constitue rarement un mauvais présage.

Mention spéciale à Hugo Legrand, chaman vocal de son état. Le brave guerrier affronte la bête armé de son micro et possède une voix caméléon capable de growler, susurrer, hurler, raconter Toulouse sans prendre l’accent et même narrer la perte tragique d’un slip dans une Garonne tumultueuse. Sur Nocturnal Incursion ou The Fall of Tanagra, il passe d’un chant coré à un growl d’ours que l’on vient de réveiller d’hibernation après lui avoir chatouillé la voûte plantaire avec une plume. C’est propre, c’est habité, parfois franchement déstabilisant, et cela constitue clairement l’une des forces majeures de l’album. Je dois d’ailleurs reconnaître que les premières écoutes ne lui avaient pas accordé cette place. Il m’a fallu du temps pour apprivoiser la bête. Et c’est précisément ce que j’aime avec certains albums : ils ne vous donnent pas immédiatement les clés de la maison.

Morceaux choisis pour votre playlist d’enterrement de vie de licorne :

As She Guided Us, d’abord, l’une de mes pistes préférées. Pour les puristes qui réclament du Death Melo puissant sans qu’on leur parle de synthé toutes les trente secondes. Le morceau démarre au son des épées et semble ensuite ne jamais cesser d’accélérer. Un joyau encore un peu dégrossi aux riffs et aux voix abrasives, puis joliment lustré par des guitares tantôt polissantes, tantôt planantes, voire acoustiques. Une merveille de Death Melo. Une tuerie le thème.

An Endless Renewal, ensuite, pour ses breaks musclés, ses changements de rythme improbables et son solo de clavier capable, selon mes estimations parfaitement scientifiques, de faire fondre la neige sur la place du Capitole.

The Battle of Œnophyta débute lourdement sous une November Rain qui aurait décidé de troquer les cheveux permanentés contre une armure et vient ensuite nous pétrir les tympans avec une rythmique de tous les diables. Le travail d’Emilie et de Swan est ici un modèle du genre. Pas de redondance, pas de signes d’essoufflement : les deux musiciens portent le morceau de bout en bout. Quelle claque !

Sunk Horizon, parce que je vois du prog partout en ce moment, à un point tel qu’il faut que j’aille en discuter avec le psy... mais surtout parce cette piste est bien différente du reste de l’album. Ce n’est pas ma pref, mais elle mérite notre attention.

Et puis il y a The Fall of Tanagra, doux comme une claque gantée de velours barbelé. C’est probablement la piste la plus sombre de la galette et elle pourrait rappeler les plus belles pièces de nos voisins suisses de Voice of Ruin. La relance énervée au milieu du titre, qui surfe sur une avalanche de riffs dérapants, est un pur bonheur trémoussant.

Mention spéciale également à On the Edge of Ambition, qui flirte avec l’Ambient et, par moments, avec le Metal Prog. Un morceau technique, instrumental, rebondissant, qui devrait parler aux amateurs de musique riche et variée. Be’lakor aurait probablement aimé le signer également, avec ses dissonances gracieuses et aériennes. C’est sans doute le morceau le moins Death Melo de l’ensemble. Encore que. Il met surtout en évidence la palette relativement large d’un groupe qui, visiblement, n’a pas envie de se coincer dans une seule case dès son premier passage devant le surveillant général du Metal.

Vous l’avez probablement compris, Aegis n’est ni une révolution, ni une trahison. C’est un monstrueux très gros album, costaud, inspiré, bien produit et extraordinairement varié, au point qu’il évite le piège du disque que l’on abandonne après trois morceaux parce que la formule commence déjà à sentir le réchauffé. Un miracle dans le rayon des premiers albums, une rareté dans la production Death Melo récente et certainement une belle inclinaison vers un Metal moderne qui n’a pas encore vendu son âme au rayon marketing.

Et franchement, si c’est ça l’avenir du Death Melo, alors je valide immédiatement mes vieux jours proches. Et si l’école toulousaine nourrit de telles bêtes dans sa nurserie, moi, je demande ma mutation. Et vite.

Cette chronique tente surtout de placer sous la lumière un tout premier album, malgré toutes les règles de nos chères APdM. Elle n’a pas vocation à transformer Astel en futur monument gravé dans le marbre avant même que les musiciens aient eu le temps de ranger leurs amplis. Elle cherche simplement à vous teaser la naissance d’une sacrée formation. Et qu’on se le dise, à défaut de s’en convaincre : mon gros nez me confirme qu’il pourrait bien s’agir d’une tuerie en devenir.

Allez, salut. Je retourne promener mon chien Meije. Et avant l’arrivée de la neige de décembre, il va peut-être falloir se résoudre à déménager dans le Sud. Je demanderai conseil au Ced, j’ai cru comprendre à mi-mots qu’il serait du coin ...

NB : On met un S majuscule à Sud, oui, mais pas à nord...

Tracklist de Aegis :
01. As She Guided Us
02. Nocturnal Incursion
03. The Battle of Œnophyta
04. Diluvian Journey
05. The Fall of Tanagra
06. Sunk Horizon
07. An Endless Renewal
08. On the Edge of Ambition
Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !