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le 20 avril 2026.

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Artiste/Groupe:

Brymir

CD:

What We Leave Behind

Date de sortie:

Octobre 2026

Label:

Napalm Records

Style:

Death Melo Sympho

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17/20

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Si la Finlande possède réellement une recette du bonheur, il est possible qu’elle soit moins difficile à trouver qu’on ne le pense. Brymir semble avoir trouvé la sienne : quelques tonnes de mélancolie nordique, une solide dose de Death Metal mélodique, des chœurs épiques, quelques orchestrations d’ampleur scandinave, un climat hivernal franchement peu accueillant et, surtout, des thèmes profondément enracinés dans leur magnifique pays.

Amies lectrices et amis lecteurs, rappelez vous, nous avions laissé Brymir dans un contexte nettement moins réjouissant. Leur précédent album nous avait conduits face à la Belle Russie et à la sale guerre en Ukraine, avec cette réalité indicible qui amenait une dimension particulière à leur musique. Le groupe ne quittait pas pour autant son terrain musical habituel : cette capacité à se nourrir des grands espaces, la transformation des tensions et des émotions sombres en une musique aussi massive que mélodique.

Avec What We Leave Behind, les Finlandais poursuivent leur œuvre, mais agrandissent encore considérablement la palette. Il n’est d’ailleurs guère surprenant d’apprendre que Viktor Gullichsen travaille dans la conception sonore pour le cinéma. Cela s’entend immédiatement, tant le cinquième album de Brymir possède cette dimension cinématographique. Chaque morceau se retrouve transformé en séquence d’un film dont nous n’avons pas encore trouvé le titre, mais dont nous savons déjà qu’il doit comporter beaucoup de froidure, quelques créatures flippantes et probablement un budget colossal pour les effets spéciaux.

Slaying Star lance mélancoliquement le pitch avant que Sleipnir ne mette véritablement le feu aux poudres, avec cette combinaison de vitesse, de fureur, de mélodies clinquantes et d’orchestrations modernes qui constitue la signature du groupe. Les chœurs aux accents folk et les arrangements orchestraux apportent  l’ampleur souhaitable, tandis que la batterie semble avoir reçu pour mission de rappeler aux auditeurs que la vie scandinave ne se pratique manifestement pas toujours au rythme du skieur de fond alternatif.

Puis arrive What We Leave Behind, morceau éponyme et véritable démonstration de force. Le groupe y mélange électro, power Metal et Death Melo dans une construction ambitieuse et maitrisée. Le refrain possède une capacité improbable à donner envie de partir découvrir les steppes enneigées alors que l’on était tranquillement installé au chaud dans son fauteuil, une tasse de Green Chaud fumante à la main. Les riffs sont massifs, les guitares inspirées et les solos apportent cette dose de lumière qui empêche l’ensemble de sombrer dans la noirceur convenue.

Le contraste devient encore plus frappant avec True Darkness, plus sombre, plus rageur et nettement plus agressif, où les blast beats viennent cogner à la porte pendant que le chant semble vouloir régler quelques comptes avec l’univers tout entier. La tension est permanente, pourtant Brymir conserve cette dimension mélodique et cinématographique qui empêche le morceau de se réduire à une simple charge frontale.

Après la fureur, Moment of Silence offre une respiration bienvenue, avant que Buried Legion ne nous replonge dans une atmosphère beaucoup plus lourde. Les chœurs prennent ici une place considérable, les riffs se font incisifs et la section rythmique frappe avec cette lourdeur qui pourrait rappeler les grands concerts de Septicflesh ou certaines grandiloquences de Dimmu Borgir. Cette piste marque aussi la bascule entre une très bonne première partie d’album et une deuxième partie tout simplement ahurissante. C’est mon morceau préféré. Les suivants n’en seront d’ailleurs pas très éloignés.

Thy Self The Highest Love, interlude apaisé qui prépare l’arrivée de The Roaring King, et là, les Finlandais sortent à nouveau le Death Melo version lourde. La mélodie introductive tourne boucle, le rythme se fait plus pesant, les chœurs et les orchestrations prennent progressivement de l’ampleur, jusqu’à atteindre ces proportions épiques où l’on commence sérieusement à soupçonner qu’un réalisateur dingo s’est caché quelque part derrière la console. La batterie demeure massive, les vocaux gutturaux apportent une profondeur supplémentaire et les guitares solo viennent éclairer les mélodies avec une finesse bienvenue. Le morceau est impressionnant, mais surtout, il démontre que Brymir maîtrise parfaitement cette science assez délicate consistant à en faire beaucoup sans sombrer dans le beaucoup trop.

Et ce n’est pas terminé, revenez vite à votre fauteuil, Broken Dawn, avec ses presque huit minutes, prolonge cette montée en puissance dans une composition plus lente, plus massive et fluide. Les couplets groovy conduisent vers des refrains énormes, soutenus par une orchestration symphonique qui vient encore élargir l’espace sonore. Les chœurs sont omniprésents, les solos se succèdent sans donner l’impression de remplir les vides. L’ensemble possède une cohérence remarquable malgré la richesse de ses arrangements.

Brymir a décidé de terminer son album principal avec une reprise de How Much Is The Fish de Scooter, ce qui constitue tout de même une façon assez finlandaise de tirer sa révérence. Après avoir passé près d’une heure à parler de ténèbres, de batailles, de mélancolie, de légions et de grands espaces nordiques, voici donc nos finlandais qui débarquent avec de l’eurodance convertie au Death Metal.

Trois minutes et quelques secondes de joyeux délire qui prouvent qu’ils savent également, quitter la forêt, retirer le casque, poser l’épée et aller faire les idiots dans la ville. Brymir absorbe l’original, le transforme et lui colle son ADN, avec une énergie communicative qui tranche délicieusement avec le sérieux parfois monumental du reste de l’album. Elle pourra sembler bonus, voire totalement incongrue, mais perso, je préfère la conserver comme le clin d’œil final d’un groupe qui vient de passer son disque à nous expliquer que la vie est sombre avant de nous demander, avec un grand sourire, combien coûte le poisson. Il met en évidence les particularités de chacun des artistes, et souligne le coté Core du chanteur, remarquè par Maître Ced lors du dernier Summer Breeze...

Et finalement, cette petite dinguerie illumine assez bien Brymir. Car derrière les grandes orchestrations, les guitares virtuoses, les blast beats et cette atmosphère glaciale qui semble avoir été enregistrée dans une forêt polaire à moins vingt degrés, il existe surtout une véritable joie de jouer. 

Le groupe ne se contente pas d’empiler les ingrédients du Death Metal mélodique pour fabriquer un disque techniquement irréprochable. Il cherche constamment la mélodie, le contraste, l’émotion et cette petite étincelle qui transforme une grosse machine musicale en une énorme claque. C’est peut-être là que se cache une partie de ce fameux bonheur finlandais. Il faut bien reconnaître que la Finlande possède quelques sérieux atouts pour entretenir pareil écosystème musical : des dizaines de radios Metal, une culture musicale capable de passer du classique à la pop, du rock aux formes les plus extrêmes du Metal, une quantité absolument déraisonnable de groupes et de musiciens, des salles, des festivals, des studios et, quelque part entre deux bouleaux, quelques forces obscures de la forêt qui semblent avoir signé un pacte avec les baguettes du batteur.

Chez nous, on cherche parfois la recette du bonheur dans une application, un amoureux IA, une méthode de développement personnel ou une retraite assise sur une mine d’or. En ces contrées plus simples, il semble qu’il suffise d’avoir quelques forêts, beaucoup de neige, une bonne paire de skis, un sauna, suffisamment de groupes de Metal et tout un réseau de diffuseurs de cette culture, des écoles de musique, pour sonoriser le plus beau des hivers. Amies lectrices, amis lecteurs, si vous doutez encore de l’argumentaire, estimez le grand écart entre nos « activités de pleine nature » et leur très finlandais « on va en forêt faire du ski ? ».

What We Leave Behind est résolument puissant, mélodique sans facilité, ambitieux sans exagération, atmosphérique et profondément vivant. Il possède suffisamment de noirceur pour satisfaire les amateurs de Metal extrême, suffisamment de mélodies pour les amoureux du Death mélodique et suffisamment d’ampleur pour embarquer ceux qui aiment que la musique raconte autre chose que des banalités ou de la bienséance morale, c’est à dire un véritable art de vivre.

Et si cette recette du bonheur consistait finalement à ne plus courir après cette idée absurde du bonheur absolu, mais simplement à redécouvrir ce qui nous fait vraiment vibrer ? Il faudrait alors peut-être chercher du côté de ce grand monsieur aux longs cheveux blonds, qui remue dinguement sa crinière en faisant la tronche, déguisé au point d’effrayer les gosses et qui tabasse sa guitare avec suffisamment de conviction pour transformer la noirceur en allégresse.

Chez Brymir, le bonheur ne sourit pas. Il hurle, il défonce tout, et vite, il fait trembler les sapins. Et visiblement, il se porte très bien comme ça, puisqu’il leur permet de rejoindre les grandes formations du Death Melo moderne. Pourvu qu’ils assurent rapidement le SAV lors d’une monstre tournée live.

En attendant, je vais donc m’appliquer cette méthode Brymir à ma prochaine "activité de pleine nature", What We Leave Behind dans les oreilles, quelques flocons sur le casque et les skis aux pieds. Allez le Diable Bleu, arrête de te prendre au sérieux et ferme la, cela t’aidera beaucoup sur le chemin du développement personnel.

Tracklist de What We Leave Behind :
01. Slaying Star
02. Sleipnir
03. Tempestbound
04. What We Leave Behind
05. True Darkness
06. Moment of Silence
07. Buried Legion
08. Thy Self The Highest Love
09. The Roaring King
10. Broken Dawn
11. How Much Is The Fish
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