Chat Pile ou une certaine incarnation de son époque. Le groupe nous vient d’Oklahoma City, cette ville "nouvelle" à l’âme maudite avec son pétrole et sa conquête de l’Ouest par nature brutale. Chat Pile c’est difficile à décrire entre sludge poisseux, noise rock chaotique (pléonasme ?). Avec son logo illisible digne d’un groupe de brutal death que seuls peu de gens savent déchiffrer, les américains perturbent l’auditoire car bien que difficile d’accès, la dynamique est plutôt rock. Torturé certes mais accessible.
Le précédentCool World fut très bien reçu, le groupe a connu un réel succès avec ces clips assez laids mais « tendance », son visuel et ses concerts où le frontman Raygun Busch se transforme en « personnage » charismatique nous racontant ses coups de cœurs cinématographiques devenant une espèce de Quentin Tarantino rock. Evidemment le talent y est et les fans de la Valley (édition 2025) ont pu voir que ça tenait la route et que Chat Pile n’était pas qu’un feu de paille. Dans cette excellente dynamique, Chat Pile repart sur les mêmes bases : un artwork assez similaire dans la conception avec toujours cette urbanité angoissante, des vidéos toujours dérangeantes et pas très belles visuellement où le gros plan est de rigueur.
Le groupe ne fait pas dans la finesse, on ne commentera pas le jeu de mots du single paru en amont : PEN I S MALL. Par contre on notera la performance vocale très énervée de Raygun Busch tandis que derrière le chaos organisé par le trio Luther Manhole (guitare) – Stin (basse) – Cap’n Ron (batterie) assure avec une basse qui groove bien. Austère, dur à l’écoute, Chat Pile la joue toujours aussi nihiliste. Ce nouveau titre a étonné car Deep Blue paru en amont se révèle plus accessible, plus catchy presque. Une belle dynamique rock plus encline à permettre de mieux appréhender la musique de Chat Pile. L’horizon reste peu joyeux même si on notera que d’un ciel gris sur fond noir, ce nouvel artwork est plus clair même si cela reste terne. On est chez Chat Pile, le nihilisme reste de mise. Néanmoins y aurait-il une lumière au bout du tunnel ? Restons optimistes…
L’ouverture Creature présente d’entrée une basse qui ronfle. La production est puissante, claire, ça démarre très fort. Le chant de Raygun Busch est versatile à souhait, il a vraiment une palette bluffante entre spoken-word, hurlements possédés. A l’écoute de Chat Pile, je pense toujours autant à un Pixies 2.0. Ce côté rock alternatif est très prégnant chez Chat Pile et vraiment on retrouve un jeu de guitare qui ne dépareillera pas chez ce mastodonte de la fin des années 80 dont l’influence ne cesse d’augmenter sur notre époque. Retrouve-t-on ce côté sombre des années grunge dans notre époque torturée ? C’est en tout cas mon ressenti et le succès des scènes doom / stoner ainsi que le retour en grâce des musiques gothiques vont en ce sens. Chat Pile est en tout état de cause un pur produit de son temps, ça ne rassure pas forcément mais c’est ainsi. Chat Pile l’agrémente d’un chant plus versatile où Raygun Busch n’hésite pas à vociférer. La ballade bien dark Same Rules plonge dans cette ambiance malsaine avec des guitares allant vers le noisy et un final poisseux à souhait. Je n’y peux rien, j’en reviens inlassablement aux Pixies. Dans mon esprit, il y a vraiment des ponts entre notre époque et la fin des 80’s.
Le talent est là, on trouve encore de très bonnes choses sur ce disque avec une mention spéciale à Stin dont la basse illumine ce disque. Le succès devrait être au rendez-vous. A minima, le gang d’Oklahoma City confirme Cool World et c’est une vraie performance car le groupe était attendu et se devait de confirmer pour poursuivre son irrésistible dynamique.