Artiste/Groupe:

Coroner

CD:

Mental Vortex

Date de sortie:

1991

Label:

Style:

Thrash Metal

Chroniqueur:

Orion

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Début des années 90. Le Thrash Metal a eu son heure de gloire mais les temps changent et les groupes du style ont compris qu’ils devaient faire évoluer leur musique. Certains choisissent l’option Metallica, en privilégiant un virage heavy, plus mélodique ; d’autres, à l’image d’un Sepultura, durcissent le ton (c'est maintenant l'heure de gloire du Death Metal...). Les Suisses de Coroner n’échappent pas à la règle et font évoluer leur son eux aussi. Et avec ce quatrième album, ils nous proposent un thrash aux atmosphères glaciales, aux limites de l’indus, déroutant aux premières écoutes ; d’ailleurs, à l’époque de sa sortie, une partie des fans du groupe l’a moyennement reçu.

Mental Vortex, l’album du changement donc…
Premier point et pas des moindres : les Suisses ont traversé l’Atlantique et se sont rendus aux Morrisound Studios, la Mecque des groupes de death metal, bosser le mixage avec Tom Morris (Atheist, Morbid Angel, Incubus, Crimson Glory…) et ils ont bien fait : le son est limpide, il y a un équilibre parfait entre tous les instruments et la voix, et c’est sans doute l’album le mieux produit du groupe.
Second point, immédiatement identifiable à l’écoute, pour peu qu’on connaisse les albums précédents : Coroner a décidé de mettre le pied sur le frein. Le tempo est globalement moins speed que sur les trois opus précédents mais attention, ça reste bien évidemment du thrash, les Suisses ne se sont pas tournés vers le Doom, loin de là.

Divine Step, le premier titre, donne le ton : l’ambiance est froide, clinique (facile, avec cette intro médicale), le riff répétitif, presque hypnotique. On est entraîné irrésistiblement dans un tourbillon. En cela, le titre de l’album est bien trouvé, on se sent happé par un vortex. Puis arrive l’accalmie, le tempo s’alourdit, un pont mélodique nous entraîne jusqu’à la reprise rapide du titre, avec un solo monumental de mister Tommy T. Baron. Ce qui ne change pas, c’est la voix de Ron Royce, toujours aussi hargneuse. Un excellent titre pour commencer et ce ne sera pas le seul.
Son Of Lilith suit la même démarche. Riff laminoir, voix agressive, tempo assez heavy par moment, changements de rythme inattendus, solo d’orfèvre. On note déjà avec ces deux premiers morceaux leur longueur inhabituelle pour du Coroner (près de sept minutes pour chaque). Sur ce disque, un seul titre dure moins de cinq minutes (et encore, à cinq secondes près) alors que sur les albums précédents, c’était plutôt le contraire, très peu de titres les dépassaient. Le groupe suivra cette voie sur l'album suivant, Grin.
Les titres excellents s’enchaînent, et on s’aperçoit que sur ce nouvel opus, l’approche du groupe est moins technique (mais technique quand même, la barre était placée très haute sur les albums précédents), le tempo est souvent plus heavy que rapide, ce qui n’exclut pas de bons petits changements de rythme dont le groupe raffole. On laisse toutefois plus de temps aux riffs pour s’exprimer. Les excellents solos de Tommy T. Baron, moins rapides et techniques eux aussi, privilégient le feeling. Et il faut aussi évoquer encore une fois le travail impeccable du batteur Marquis Marky dont la batterie n’a jamais aussi bien sonné. Les compositions personnelles du groupe, jusqu’à About Life, forment un ensemble compact dont il est difficile d’extraire un élément. C’est un sans faute.
Et comme sur Punishment For Decadence, second disque du groupe, l’album se termine par une reprise. Et après Jimi Hendrix, ce sont les Beatles qui sont à l’honneur avec I Want You (She’s So Heavy). Une adaptation heavy thrash réussie mais un peu en décalage avec le reste des titres (forcément, c’est une reprise). Pas indispensable mais pas complètement hors sujet non plus.

Mental Vortex est aujourd’hui l’album de Coroner qui a meilleure presse (il n’y a qu’à voir les nombreuses chroniques positives sur le net)… mais il n’en fut pas forcément ainsi à sa sortie, notamment au niveau des fans, preuve qu’il s’agit d’un album qui a gagné en maturité au fil des années, un album que l’on peut qualifier de visionnaire, en avance sur son temps. D’ailleurs, il n’a pas pris une ride aujourd’hui, preuve de son intemporalité. Il augure aussi de la suite, Grin, le dernier album du groupe (jusqu’à aujourd’hui en tout cas, le groupe s’étant reformé, on ne sait jamais…), encore plus froid et expérimental : chef-d’oeuvre ultime pour certains, trop déroutant pour d’autres. Mental Vortex, lui, fait apparemment l’unanimité, du fait que le groupe garde ici sa patte ancrée dans le thrash en y ajoutant ce qu’il faut de personnalité. Et c’est aussi l’album idéal pour commencer avec Coroner, si l’on ne connaît pas encore…

Tracklist de Mental Vortex :

01. Divine Step (Conspectu Mortis)
02. Son Of Lilith
03. Semtex Revolution 
04. Sirens
05. Metamorphosis
06. Pale Sister
07. About Life
08. I Want You (She's So Heavy)

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