ALERTE SUPERGROUPE ! Ou plutôt "réunion de super musiciens
ayant déjà collaboré ensemble il y a fort longtemps". Car oui, Lex
Legion, c’est une histoire de retrouvailles. Celles d’Andy
LaRocque (excellent guitariste au service de King Diamond depuis plus de quarante ans... il est aussi
producteur, a joué sur le très bon Individual Thought Patterns album de Death...) avec Pete Blakk (guitare), Hal
Patino (basse) et Mikkey Dee (batterie). Ces quatre lascars ont formé
le lineup légendaire de King Diamond sur les albums Them (1988) et Conspiracy (1989). Trois d’entre eux allaient se
retrouver sur The Eye (1990) mais Mikkey avait
déjà tiré sa révérence. Le but avoué de cette entreprise : se
faire plaisir et jouer du heavy à l’ancienne. LaRocque & co. ont
plongé dans l’écriture de cet album en voulant retrouver la façon dont ils
composaient à l’époque où ils travaillaient ensemble. Pour compléter
la formation, il leur fallait un chanteur puissant et apte à monter dans les aigus... le choix
s’est porté sur le très capable Nils K. Rue de Pagan’s Mind.
Et dès que le disque démarre, on constate une
efficacité et un savoir-faire indéniables. Sleep Eternally met en avant de belles
guitares bien heavy (avec des sonorités et mélodies très
Diamonesques... ce petit break à trente secondes avec ce changement de rythme et
cette guitare au son clair en fond, c’est typique de ce que le groupe proposait il y a trente-sept
ou trente-huit ans), une section rythmique hyper solide et un vocaliste qui s’annonce à
grands renforts de cris aigus impressionnants. Une atmosphère fantastique est tout de suite
installée, le groupe s’amuse à placer plein de petits breaks cool histoire de ne pas
rendre la compo trop linéaire mais ne s’égare pas et reste assez concis (la chanson
dure un peu moins de quatre minutes). Mission accomplie, on se situe bien vers la fin des 80s...
même le fondu (trop rapide, pas super bien géré) nous ramène à cette
époque.
Comme vous l’avez compris, les rapprochements avec King
Diamond sont inévitables mais Lex Legion ne fait pas dans le
copier/coller non plus. Le style musical, les ambiances, certains riffs, quelques sonorités, la
façon dont les breaks ou solos sonnent ou sont amenés... tout cela peut
régulièrement rappeler de bons souvenirs aux nostalgiques de l’âge d’or
de King Diamond (tant mieux vu que le groupe n’a pas l’air pressé de
donner un successeur à Give Me Your Soul... Please sorti il y a dix-neuf ans
déjà) mais, cette formation a un peu plus d’ambition que cela. Son but n’est
pas d’être le King à la place du King, elle sait
prendre ses distances. Son approche diffère par plusieurs aspects. Les morceaux sont globalement
plus directs, très courts (quand ils dépassent les quatre minutes, ce n’est que de
quelques secondes) et le style est bien moins théâtral (avec un chant plus sobre et moins
constamment haut perché). Il y a cependant quelques petits "glissements" qui auraient pu
être évités, comme les premières vocalises de Gypsy Tears sur le
riff d’intro, avant le couplet... Pourquoi avoir choisi de sonner comme Kim Bendix
Petersen à ce moment là ? Ca ne s’imposait pas, à mon sens... mais
le titre reste très bon (c’est juste que sur ce bref passage, le groupe tend un peu le
bâton pour se faire battre). Nils K. Rue fera une proposition similaire plus
tard, sur Saviours, avec des "ha hahaha" sur le riff principal... Là aussi, pas utile,
trop semblable au groupe que Lex Legion tente de ne pas trop singer. On les pardonne
aisément, ces moments ne sont pas... légion (rooohhh, quelle plume !).
Neuf pistes, trente-quatre minutes et des poussières, pas le temps
de s’ennuyer. Les tempos varient bien d’un titre à l’autre, on retrouve un duo
de guitaristes assez classe (même si pas toujours aussi virtuose ou démonstratif
qu’à l’époque) et un batteur qui, après la disparition de Motörhead, retrouve un jeu puissant et énergique (je
n’ai pas oublié qu’il était chez Scorpions mais reconnaissons qu’il n’est aussi
dynamique ou technique chez les Allemands). Ecoutez les petites parties de double grosse caisse sur le
pré-refrain de When The Stars Align, les "fills" de Lost Inside ou le tempo
enlevé sur Darkness... Dee est en forme et ça fait plaisir ! Les
ambiances sont bien sympa, le chant est de qualité, les mélodies plutôt accrocheuses
(mention spéciale à l’excellent refrain de Darkness qui est bien construit
en plus) et après nous avoir balancé huit pistes remuantes, de qualité et assez
homogènes stylistiquement parlant, le quintet conclue avec Far Away, une compo
instrumentale assez douce, mélancolique et un brin onirique où les guitares acoustiques et
électriques mènent la danse (elle rappelle un peu le style d’Insanity sur
The Eye).
Ce premier album est solide, bien composé, interprété
et produit. La réunion de ces vieux complices fera plaisir à tous ceux qui ont
apprécié leur travail au sein de King Diamond. Je reste avec
l’impression que Lex Legion est sans doute capable de nous offrir quelque chose
d’encore plus mémorable mais je ne vais pas cracher dans la soupe, c’est
déjà très bon. Ma joie est décuplée du fait qu’il parait
qu’un deuxième album est déjà envisagé et que des concerts sont
prévus. Voir ce lineup s’exécuter sur scène, ce serait le rêve...
Vivement !
Tracklist de Lex Legion :
01. Sleep Eternally 02. Gypsy
Tears 03. When The Stars Align 04. (I Am) The
Resurrected 05. Lost Inside 06. Darkness 07.
Saviours 08. Life Eternal 09. Far Away