Artiste/Groupe:

Nightwish

CD:

Human. :ll: Nature.

Date de sortie:

Avril 2020

Label:

Nuclear Blast

Style:

Metal Symphonique

Chroniqueur:

Florentc

Note:

14/20

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Nightwish a pris l'habitude de prendre son temps. Depuis Once le groupe attend trois à quatre ans avant de sortir un nouvel album. Cette fois, l'attente aura été encore plus longue, avec cinq années pleines sans nouvelle musique à se mettre sous la dent, ou plutôt entre les oreilles. Evidemment il y a plusieurs explications à cela. Tout d'abord, les nombreuses tournées du groupe prennent énormément de temps, d'autant plus ces dernières années. En effet, le groupe a sorti depuis deux live, Vehicle Of Spirit, issu de la tournée de Endless Forms Most Beautiful, et dernièrement Decades : Live In Buenos Aires, qui avait la particularité de présenter pas mal d'anciens titres peu joués depuis des années. Rajoutons à cela les projets parallèles (Auri pour Troy et Tuomas, et l'album solo de Marco sorti il y a peu) et vous comprendrez pourquoi il y a eu autant de temps entre les deux albums. 

Malgré plus de vingt ans d'existence, le groupe continue d'innover et ne se repose pas sur ses acquis. Et, pour la première fois, les Finlandais nous proposent un double album, au concept particulier. Un premier CD de neuf titres, classique dans sa forme, et un deuxième CD composé d'un seul titre instrumental (ou presque...) découpé en huit parties. On sait Tuomas très concerné par la nature et, forcément, au vu du nom de l'opus, ce sera le thème conducteur ici. Les titres font directement référence à l'être humain et / ou la nature, notamment sur la deuxième partie. Tout ceci met vraiment l'eau à la bouche, d'autant plus que Nightwish est un groupe qui ne m'a jamais déçu, bien au contraire ! Et après de nombreuses écoutes, une chose est certaine, l'album va diviser et s'avère déconcertant. J'avoue avoir été très déçu lors de la première écoute. Mais il demande bien plus de temps à apprivoiser que n'importe quel autre album du groupe. Comblera-t-il malgré tout toutes nos attentes ?

On débute l'album là où on avait laissé le groupe, à savoir sur la fin de The Greatest Show On Earth. Bruits d'animaux en tout genre, mélodies à la flûte et à la cornemuse, percussions tribales, on est dans le thème. Puis le clavier de Tuomas fait son apparition avec les chœurs typiques du groupe. Une belle introduction calme, on attend alors l'explosion qui va suivre avec impatience ! Explosion qui n'arrivera jamais. En effet, Floor vient déposer ses premières notes en toute intimité. Il faudra attendre les deux tiers du morceau avant que le groupe se montre enfin. Et c'est plutôt réussi pour le coup. Sauf qu'on arrive déjà à la fin du morceau, avec un arrière goût d'inachevé derrière les oreilles. Pourtant Nightwish a toujours su captiver l'auditeur dès le premier titre. On peut même dire que le groupe a toujours excellé en la matière depuis Oceanborn. C'est un peu une douche froide pour le coup... Heureusement arrive derrière Noise, premier titre à avoir été dévoilé. Et c'est clairement le titre le plus commun et le plus reconnaissable de l'album. Claviers de l'époque OceanbornWishmaster, un refrain percutant, des chœurs, des orchestrations, une Floor bien théâtrale, un break assez heavy. Tout ça me plaît et c'est ce que j'attends d'un single comme Nightwish peut en pondre. Pour continuer dans ce que les Finlandais maitrisent à la perfection depuis Dark Passion Play, parlons un peu du deuxième single, Harvest. Sur ce titre folk-celte, c'est Troy qui est au chant principal, avec Marco et Floor aux chœurs derrière. Une nouvelle fois, ça fonctionne. La mélodie est belle, le refrain se retient bien, on est porté sans trop forcer. Plus je l'écoute et plus je l'apprécie. Quand on connait le reste de l'album, on se dit vraiment que le groupe n'a pris AUCUN risque sur ces deux singles, en ne voulant pas perturber sa base de fans (bien fournie). Car oui, le reste de l'opus est bien plus déstabilisant.

Shoemaker est assez classique dans son genre, avec Floor en voix principale, secondée par Troy (M. Hietala, aux abonnés absents...). La fin du titre est en revanche une petite merveille. Floor nous gratifie enfin de sa voix de tête, avec un chant lyrique de toute beauté ! Simplement accompagnée par les violons, elle file la chair de poule. Et plus encore quand elle est rejointe par les différents chœurs. Quelle intensité ! Voilà quelque chose qui change, et qui est prenant. Sublime ! Beaucoup de claviers pour débuter Pan. On sent un retour vers les premiers albums concernant le clavier, beaucoup plus mis en avant que sur les dernières productions du groupe. Et enfin les guitares d'Emppu sortent un peu du placard. Un bon titre, magnifié par ces chœurs superbes, avec une ambiance sombre et prenante. Voilà un morceau emballant qui allie ce que le groupe sait faire tout en ajoutant une touche novatrice. Certainement le titre le plus convaincant, qui sera joué en live régulièrement j'espère ! Sur How's The Heart, le groupe retrouve des sonorités celtiques, avec un côté ballade pop plus prononcé. Certaines lignes de chant m'ont fait penser à Leaves' Eyes période Liv Kristine. C'est doux, sucré, mais pas non plus éblouissant. C'est le genre de titre en revanche qui peut prendre tout son sens lors des futurs concerts, avec le public et une belle scénographie. Il est directement suivi par Procession, qui malheureusement porte plutôt bien son nom. Il s'agit d'une ballade qui s'énerve un peu mais qui tire en longueur. Malgré de belles mélodies, on ressent un manque de punch certain sur l'ensemble, c'est flagrant. Heureusement, Tribal est là pour nous secouer un peu. Voilà un titre qui prend des risques. Son nom ne laisse pas tellement de places au doute et on ressent ce côté aventure dans la compo. Floor est déchainée, Emppu lâche quelques riffs sympas et Kai à la batterie s'amuse un peu plus que sur les autres morceaux. Toute les parties de percussions rappellent bien un certain Holy Land d'Angra, je trouve. Mention spéciale aux vocalises animalières suivies par les flûtes. Vous fermez les yeux et vous êtes dans la jungle. Dernier titre et... ENFIN ! Oui, nous avons enfin retrouvé ce cher Marco Hietala ! Il aura fallu attendre la dernière chanson pour pouvoir écouter ce qu'il a à dire. Endlessness est lent, presque Doom par son exécution (enfin version Nightwish quoi), ce qui surprend. Malheureusement, la voix de Marco n'est pas suffisamment exploitée et manque de folie (un comble alors qu'on doit attendre la dernière chanson pour l'entendre). Terminer par un titre lancinant comme ça n'est pas très judicieux et vient confirmer le manque de dynamisme de cet album.

Place maintenant à la deuxième partie, qui n'est donc autre qu'un seul morceau de trente minutes. Là le père Tuomas s'est fait plaisir. Il n'a presque pas utilisé l'orchestre sur l'album "principal" pour se lâcher sur celui-ci. Alors c'est beau, c'est bien fait, on ferme les yeux et on est plongé en pleine nature avec à chaque découpage des thèmes abordés (The Blue pour le ciel, The Green pour la forêt, Aurorae pour les aurores boréales etc.), mais il ne se passe pas grand-chose. Quand on sait ce qu'il a composé pour l'orchestre depuis Once, on est en droit d'attendre quelque chose qui envoie du bois. Il a dû lire l'Invitation au Voyage de Baudelaire car le fameux "Là tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté" sied parfaitement à cette œuvre. Sauf que ce n'est pas ce que j'attends encore une fois... Même si le rythme s'accélère entre la fin de Moors et Aurorae (qui propose de très belles parties rappelant le génial Ghost Love Score), avec de belles envolées. Le final d'Ad Astra, et donc le final tout court, est particulièrement bien réussi et enfin bien relevé. C'est épique et on ressort sur une note positive. Evidemment, il faut prendre ce morceau dans sa globalité et comprendre là où a voulu en venir son compositeur, mais ça a du mal à fonctionner sur l'intégralité. A voir dans le futur...

Place à la conclusion... Qu'il aura été difficile d'écrire sur cet album ! Jamais je n'aurais cru ça de la part d'un album de Nightwish. Il y a à boire et à manger, de très bonnes choses et de moins bonnes... Floor n'a peut-être jamais aussi bien chanté, on sent vraiment que l'album a été composé pour elle. Certains passages comme la fin de Shoemaker, ou des titres comme Pan ou Tribal sortent du lot en proposant de la musique de très haut niveau. Tuomas a su composer quelque chose de nouveau et de différent, en se mettant vraiment en danger. On ne peut que souligner et admirer cette prise de risque, et le fait de composer pour soi-même et non pour les fans ou la maison de disque. Mais je reste dubitatif quant à l'homogénéité globale de ce Human. :ll: Nature. Au final il n'y a pas ce fameux titre "qui tue", LE coup de cœur que chaque album du groupe contient (on pourrait en citer des dizaines...). Trop de morceaux ont des passages superbes quand le reste du titre est plus quelconque également. Et on parle de Nightwish là, pas du premier groupe venu ! Malgré tout, je reste bien plus optimiste que lors de la première écoute. C'est évidemment un album qui évoluera avec le temps. Peut-être que d'ici là je le trouverai excellent, c'est possible, rien n'est figé. Mais là, à chaud, c'est plus mitigé. Reste un bon album, un travail de titan, ça personne ne pourra le remettre en cause.

 

Tracklist de Human. :ll: Nature. :

CD 1 :
 
01. Music
02. Noise
03. Shoemaker
04. Harvest
05. Pan
06. How’s The Heart?
07. Procession
08. Tribal
09. Endlessness
 
CD 2 :
 
01. All The Works Of Nature Which Adorn The World – Vista
02. All The Works Of Nature Which Adorn The World – The Blue
03. All The Works Of Nature Which Adorn The World – The Green
04. All The Works Of Nature Which Adorn The World – Moors
05. All The Works Of Nature Which Adorn The World – Aurorae
06. All The Works Of Nature Which Adorn The World – Quiet As The Snow
07. All The Works Of Nature Which Adorn The World – Anthropocene
08. All The Works Of Nature Which Adorn The World – Ad Astra

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