Nono Krief Band

Interview date

30 Juillet 2012

Interviewer

Didier

I N T E R V I E W

Interview Nono (face à face)


Salut Nono, merci de nous accorder un peu de temps. La dernière fois que nous nous étions vus c'était à Music 3000, lors d'une masterclass. Tu fais toujours des masterclass ?

J'en fais rarement, quelques-unes par-ci par-là. J'aime bien ça car c'est finalement le seul moment où je peux transmettre aux gens qui viennent un peu de mon savoir guitaristique, entre guillemets. C'est important de transmettre. Quand j'étais gosse, j'aurais adoré aller à des masterclass de Jimmy Page, Alvin Lee, Jeff Beck ou autres, mais ça n'existait pas, j'avais juste mon tourne-disques pour apprendre [rires].

On t'a ensuite vu en concert avec Bertignac, à Nice lors de la Crazy Week 2011, raconte-nous un peu ça ?

J'ai beaucoup aimé cette soirée. D'abord parce que c'était au Théâtre de Verdure, qui est un endroit magnifique et mythique que j'adore. Et puis parce que évidemment on y jouait pour un set d'une heure quinze et bien sûr parce qu'on partageait l'affiche avec Bertignac que j'apprécie beaucoup. On se croise depuis plus de trente-cinq ans, sans jamais avoir partagé la même scène, voilà qui est chose faite ! Il m'a invité à faire le bœuf pour deux titres à la fin de son set, ce fut un grand plaisir, j'ai vraiment passé une magnifique soirée.

En parlant du Théâtre de Verdure, dans quelques jours Popa Chubby y jouera, ça serait peut-être l'occasion de se faire un autre bœuf ?

Je connais Popa Chubby, et je serais venu avec grand plaisir, mais je ne serai plus ici ce soir-là… Il y a quelque temps, il m'avait gentiment invité lors de son concert à Paris, au Djamel Comedy Club. Il m'a invité à monter sur scène avec lui pour trois morceaux, j'ai kiffé et ça restera un autre énorme moment de bonheur.

La dernière fois tu m'avais aussi dit que tu devais partir en tournée avec ton groupe dans toute l'Europe, comment cela s'est-il passé ?

On est bien parti, par contre pour l'Europe j'ai eu des soucis avec mon ex-tourneur et ça n'a pas pu vraiment se faire comme prévu. J'ai fait pas mal de dates en France et en Belgique, pour le reste ce n'est que partie remise.

Es-tu content des retours de ton premier album solo, avec maintenant une année de recul ?

Je suis très content de cet album et de l'accueil qu'il a reçu. Je n'ai eu que d'excellents retours et cela me ravit de partager ce plaisir. Malheureusement je me suis fait leurrer et avoir par la maison de disques, hormis le fait qu'elle n'a pas été à la hauteur… elle a en plus encaissé des bénéfices sans me verser le moindre centime à ce jour… Bref dossier en cours… J'ai traîné à sortir ce premier album, préférant souvent privilégier les projets des autres avant les miens. Je ne sentais pas tellement le besoin d'avoir mon nom sur une affiche, ce n'était pas vital pour moi de faire un truc solo et j'ai donc repoussé, repoussé encore, à tel point que j'ai même failli l'appeler l'Arlésienne… Une fois décidé, il a fallu trouver le contenu, savoir ce que j'avais envie d'exprimer ? J'ai donc passé un temps fou à écouter ce que j'avais dans mes tiroirs, et j'en ai des tonnes depuis le temps. J'ai cherché une direction, et puis finalement je me suis dit que j'allais sortir un album de ce qui m'avait marqué quand j'étais jeune, mes influences, et j'ai donc opté pour un rock simple avec beaucoup d'ambiances et de couleurs différentes, mais j'ai d'abord surtout cherché à me faire plaisir. C'est essentiel de se faire plaisir ! Les retours sur l'album sont tous excellents, franchement. J'ai été classé numéro un en Belgique pendant plusieurs semaines. Malheureusement j'ai eu aussi des soucis avec ma maison de disques, rien de très original hélas, je la quitte évidemment pour le prochain album qui sortira sur un autre label avant la fin de l'année. Tous ces soucis ne nous empêchent pas de jouer, ce qui reste l'essentiel : être sur scène et partager.

Ce soir justement, tu ouvres pour Status Quo, ça fait quoi ?

C'est un groupe que j'adore et que j'ai toujours kiffé. Je les avais vus il y a très longtemps… et aussi il y a quelques années à Cognac, j'avais adoré ce concert et donc là je suis ravi de partager la scène avec eux, et de faire une première partie de cinquante minutes.

Ton groupe a un peu changé il me semble côté rythmique ?

J'ai changé de batteur par rapport à celui de l'album. Rien de grave, des petits problèmes personnels, c'est la vie, c'est comme ça. C'est comme dans un couple, quand ça ne va plus, il vaut mieux se séparer.

Revenons à ton premier album, certain t'attendaient plutôt avec un album satrianesque, et ce n'est pas du tout ça, pourquoi ce choix ?

Je n'avais pas envie de faire un premier album qui soit instrumental car j'adore les voix et les mélodies. Je n'avais pas non plus envie de faire dans la démonstration technique parce que, honnêtement, je ne suis pas là pour montrer ou prouver que je joue bien de la guitare, ou pas… J'avais envie de faire de bonnes chansons avec un groupe. Il y a un côté super égocentrique dans un album solo, c'est pas évident à gérer, tout repose sur toi. Je ne recherche pas spécialement la gloire personnelle, j'aime l'esprit de groupe. Dans ce groupe-là il y a un vrai esprit de groupe, chacun peut donner son avis et tout le monde participe et chante sur scène.

Ton premier album était chanté en anglais, pourquoi ce choix ?

J'ai fait ce premier album en anglais car on connaît tous la situation du marché du disque aujourd'hui. On ne vend plus de disques donc je me suis dit que si j'en vendais un petit peu aussi à l'étranger, ce serait pas mal. Faut savoir que je n'ai que deux sources de revenus, je ne suis pas salarié, c'est soit les ventes de disques, soit les concerts. Donc déjà tu oublies les ventes de disques, on ne gagne plus vraiment d'argent sur ça, encore moins lorsque tu te fais avoir contractuellement comme moi… à nouveau malheureusement. La musique aussi s'est dématérialisée, on l'écoute sur internet, le plus souvent gratuitement. L'album a donc été distribué à l'étranger, dans quatre ou cinq pays. Par contre mon prochain album est complètement en français. J'aime beaucoup la langue française, je l'ai toujours défendue et même s'il y a beaucoup de groupes français qui chantent en anglais aujourd'hui, dont certains qui marchent bien, voir très bien, je tiens quand même à faire ce nouvel album en français. Aussi, je préfère chanter en français qu'en anglais, après tout c'est ma langue maternelle, pas besoin de se creuser la tête pour bien prononcer. Pour revenir sur le thème de l'album instrumental, j'ai donc ce deuxième album qui sort avant la fin de l'année et dans la foulée je sors un album instrumental quand même. Parce que j'ai des tonnes de morceaux dans mes tiroirs, j'adore composer, et avec ça j'ai regroupé une douzaine de morceaux instrumentaux. Cela sortira sous le nom NNK Group ou pas, je ne sais pas encore. Le deuxième album est pratiquement fini, il devrait sortir à l'automne. Il a un peu traîné car j'ai rencontré un vrai problème, n'étant pas auteur, il m'a fallu faire appel à des auteurs pour trouver des textes. Même si j'aime la langue française, je n'ai pas vraiment le sens de l'écriture, ce n'est pas mon truc, j'ai essayé plusieurs fois, mais le cerveau se met à surchauffer au bout d'une heure ou deux, alors j'abandonne. Jai donc cherché des auteurs différents pendant des mois. Il y en a d'excellents, mais pas forcément qui écrivent des choses qui me plaisent ou me conviennent. J'ai dû reçevoir une soixantaine de textes, et je n'en ai gardé que cinq ou six… alors tu vois. certains auteurs veulent trop faire dans la poésie, la belle tournure, ce que je peux comprendre bien sûr, sauf que ce que je recherchais, c'était des textes simples avec des mots simples. En anglais on dit "everyday talking", du langage de tous les jours...

C'est ton petit côté Johnny ?

[rires] Non c'est pas ça, juste des textes simples, j'aime bien les choses simples, tu vois, les textes de Piaf, de Brel, Brassens, c'est simple avec un peu de poésie quand même, des histoires que tout le monde peut comprendre et auquel tout le monde peut s'identifier. Faire simple c'est très difficile. Bref, j'ai enfin reçu les deux derniers et on va pouvoir finir.

Lors de la dernière interview, tu nous avais un peu parlé de Trust et d'un potentiel projet en 2013. Qu'en est-il ?

Dans l'absolu, franchement, Trust c'est du passé. On a eu nos années de gloire dans les années 80, on a remis le couvert plusieurs fois, mais au bout d'un moment... y'en a marre ! J'ai cinquante-six ans, le temps passe vite, la vie passe vite et j'ai envie de vivre d'autres expériences et je n'ai pas envie de m'accrocher à Trust comme si c'était le seul truc de ma vie. J'ai conscience de ce qu'on a fait, c'était super, j'en suis très fier, d'ailleurs je joue des morceaux de Trust sur scène et ce soir j'en ferai un petit medley car on n'a pas trop le temps, mais pour moi c'est derrière. Et puis la cohabitation avec Trust est très compliquée et difficile. Etre sur la même longueur d'onde n'est pas chose simple. Et puis... on est un vieux groupe maintenant… Place aux jeunes !

Y a-t-il des musiciens avec lesquels tu aimerais bosser ?

Oui, beaucoup, on parlait de Popa Chubby tout à l'heure, c'était super ; j'ai fait une mini tournée avec Chris Spedding aussi il y a quelques années, c'était un bonheur. J'ai eu la chance de croiser de très nombreux musiciens que j'admire et c'est toujours un bonheur évidemment. Juste peut-être un à qui j'ai juste serré la main une fois, c'est Jeff Beck. Mais nous avons aussi de super musiciens français. Tiens, par exemple, en venant j'ai croisé dans le train Sylvain Luc et Thierry Éliez, ce sont des musiciens incroyables, des martiens avec un niveau tellement élevé qu'il est difficile de ne pas apprécier. J'ai aussi découvert un artiste étonnant qui m'a bluffé tout seul sur scène avec un piano : Cascadeur. Il n'y a pas de guitare mais je m'en fous car il fait de très belles chansons qui me font voyager. Pendant que j'y suis, ils ne sont pas français mais australiens, j'ai craqué pour Dallas Frasca !

Du coup il y a des guests sur ton prochain album ?

Il y en aura peut-être mais c'est surtout mon groupe qui est en première place, on a tout fait en live au studio. Maintenant on peaufine un tout petit peu et on verra si on ajoute un ou deux guests. Cet album sera beaucoup plus live que le premier, que j'avais plus peaufiné quand même. Mais l'idée d'un ou deux guests ne me déplaît pas.

Encore merci de passer nous voir régulièrement dans le sud, et pour cet entretien. Bon concert ce soir.

Merci à vous.


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