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Artiste/Groupe:

Anthrax

CD:

Sound Of White Noise

Date de sortie:

1993

Label:

Style:

Heavy Thrash Alternatif

Chroniqueur:

Blaster Of Muppets

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1992, coup de théâtre dans le petit monde du thrash : Joey Belladonna, chanteur emblématique d’Anthrax est remercié. Ce limogeage intervient à une période pour le moins délicate pour le groupe appartenant au fameux Big Four... et pas que pour lui d’ailleurs. On le sait, le début des années 90 n’a pas été simple à gérer pour un bon nombre de formations issues des décennies précédentes. Le grunge est arrivé, le metal traditionnel des 80s est moins en vogue, beaucoup de groupes s’en détournent et négocient comme ils le peuvent (avec succès pour certains, hello Metallica et son... Metallica) le cap de cette nouvelle décennie. Le challenge qui attend Anthrax à cette époque n’est pas aisé à relever. Les deux derniers albums (State Of Euphoria et Persistence Of Time), sans être de gros ratages, n’ont pas été brillants... ils n’ont en tout cas pas été à la hauteur des débuts du groupe. En 1993, dans un contexte qui ne leur est pas forcément très favorable, trois ans après Persistence, six ans après leur dernier vrai coup d’éclat (Among The Living, faut-il le rappeler ?), revenir avec John Bush (Armored Saint), un nouveau chanteur au style très différent (avec une voix plus puissante, grave, éraillée et chaleureuse) de celui de Belladonna, ça ne sent pas le carton assuré. Et pourtant, Sound Of White Noise est une très belle réussite. A tel point qu’aujourd’hui encore, je le cite volontiers parmi les meilleurs albums jamais sortis par ses géniteurs.

Il y avait déjà eu une évolution notable du style du groupe sur Persistence et Sound Of White Noise confirme cette direction. Changement de décennie oblige, ce cru 93 ne sonne plus du tout comme un disque des 80s. Le metal est lourd, carré, plutôt sombre ou sérieux et servi par un son assez dantesque. L’humeur n’est pas à la rigolade (il semble loin, le temps des bermudas, grimaces, références aux héros de bande dessinée et autres délires un peu foutraques ou légers), le quintet - revigoré par l’arrivée d’un Bush dont la participation à l’écriture a particulièrement enchanté Scott Ian à l’époque (dans sa biographie, il parle de sa complicité, voire d’une alchimie, avec Bush et de cette période très créative avec un enthousiasme notable), se montre sous un jour sérieux et livre une brochette de compos particulièrement efficaces, pour ne pas dire implacables. Pour être tout à fait clair, le metal d’Anthrax ne ressemble plus franchement à du thrash... pas à du thrash speedé "traditionnel" en tout cas. Il n’en est pas moins redoutable, il est même bien plus remarquable que sur les deux derniers albums du combo. D’ailleurs, pour l’aider dans sa tâche (qui est de nous en mettre plein les oreilles), l’album est servi par un son massif ! Produit par le groupe et Dave Jerden, Sound Of White Noise sonne épais, costaud, avec des guitares qui tranchent et une batterie qui assomme. Il colle parfaitement à l’approche moderne ou dans son temps du nouvel Anthrax... et les compos sont sacrément efficaces, avec ce qu’il faut de puissance - mais aussi de mélodie - pour convaincre. 

Tout cela s’illustre parfaitement dès le très carré Potters Field qui ouvre le bal. Entre grosse rythmique sur tempo mid et accélérations puissantes, ce premier titre montre un visage conquérant. Et avec la deuxième piste, le fameux single OnlyAnthrax met tout le monde d’accord en signant une compo groovy et mélodique qui reste en tête immédiatement. Le chant de Bush est parfait, la compo est hyper accrocheuse avec son refrain idéal pour être repris par les fans en concert... Alors oui, c’est officiel, on n’est pas du tout dans le thrash là mais plus sur un metal alternatif de très bonne facture. J’ai envie de vous dire, peu importe le style, quand un titre est aussi bon, on prend et on dit merci, c’est tout.

Cette qualité d’écriture se retrouve sur d’autres morceaux comme l’excellent Room For One More dont les riffs portent bien la marque de Ian. Anthrax a changé, il s’est réinventé mais on reconnaît tout de même certaines parties de son ADN. Packaged Rebellion sort également du lot avec son refrain bien catchy... la rythmique de Hy Pro Glo est assez imparable, les tempos se font un peu plus rapides par la suite (sur Invisible qui ressemble davantage à du vieil Anthrax mais mis au goût du jour, avec une prod et un chant bien différents évidemment... même remarque pour la percutante 1000 Points Of Hate, encore des riffs jouissifs sur celle-là). C’est l’heure de l’accalmie avec Black Lodge, un exercice inédit pour Anthrax sous la forme d’une ballade sombre et étrange (co-écrite avec Angelo Badalamenti, compositeur connu pour ses musiques de films ou séries, surtout ceux de David Lynch... Twin Peaks est d’ailleurs l’inspiration derrière Black Lodge). Marquant et surprenant. Sur les deux morceaux suivants, le groupe montre les dents et les muscles, sur le très direct Sodium Pentathol d’abord mais encore plus sur Burst, le scud le plus thrash et concis du disque (cette rythmique assassine avec les roulements de Benante et la basse vrombissante de Bello avant le refrain qui casse tout... c’est parfait). Cela aurait fait une magnifique conclusion (en crescendo)... mais le quintet a préféré finir avec la lente et lourde This Is Not An Exit que j’aime un peu moins que ce qui a précédé (à cause d’un refrain que je trouve un poil répétitif et pas très impactant) mais qui reste tout à fait honorable.

Voilà. En 1993, avec Sound Of White Noise, Anthrax a réalisé un nouveau départ franchement réussi. Le pari était risqué mais il a bien négocié le cap des 90s, a su saisir le vent de l’époque et s’est montré sacrément inspiré. En plus, l’alliance avec John Bush fonctionne à merveille. L’album est bien reçu par la critique, le single Only fait parler de lui... le succès semble pointer le bout de son nez. C’est une seconde vie pleine de promesses qui s’offre au groupe... mais les choses ne vont pas exactement se passer comme prévu. Le guitariste Dan Spitz va se faire la malle, l’album suivant sera moins réussi et ne fera pas grand bruit, le groupe finira par être lâché par son label... Bref, le reste de la décennie prendra des airs de petite traversée du désert pour Anthrax. Mais Scott Ian et ses potes ont la dent dure, on n’a pas fini d’entendre parler d’eux. 

Tracklist de Sound Of White Noise :

01. Potters Field
02. Only
03. Room For One More
04. Packaged Rebellion
05. Hy Pro Glo
06. Invisible
07. 1000 Points Of Hate
08. Black Lodge
09. Sodium Pentathol
10. Burst
11. This Is Not An Exit

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